• Au réfectoire, pendant la lecture, tout mon être a été plongé en Dieu. J’ai vu intérieurement que Dieu nous regardait avec une grande prédilection. Je suis restée seul à seul avec le Père céleste. À cet instant, j’ai eu une connaissance plus profonde des Trois Personnes Divines que nous contemplerons durant toute l’éternité et, des millions d’années plus tard, nous nous rendrons compte que n’aurons fait que commencer notre contemplation. Ah ! combien Dieu est miséricordieux de permettre à l’homme de prendre une si grande part à sa divine béatitude, mais, en même temps, quelle grande douleur étreint mon cœur à la pensée que de nombreuses âmes ont dédaigné ce bonheur !

Quand nous avons commencé à partager le pain azyme, un amour sincère et réciproque s’est mis à régner parmi nous. La mère supérieure m’a adressé les souhaits suivants : « Ma sœur, les œuvres de Dieu avancent lentement ; aussi, ne soyez pas pressée. » D’une manière générale, toutes les sœurs m’ont souhaité, avec beaucoup d’amour et de sincérité, ce que je désirais le plus. J’ai vu que tous ces vœux venaient véritablement du cœur, sauf ceux d’une sœur qui a glissé une méchanceté dans les siens, mais cela ne m’a pas fait beaucoup de peine, parce que j’avais le renfort de Dieu. Cependant, cela m’a éclairée et m’a fait comprendre pourquoi Dieu se communique si peu à une telle âme : c’est toujours elle-même qu’elle cherche, y compris dans les choses saintes. Ah ! que le Seigneur est bon de ne pas me laisser m’égarer ! Je sais qu’il me gardera jalousement, mais seulement tant que je serai toute petite, car c’est avec des âmes petites que lui, le grand Seigneur, aime être en relation. Quant aux « âmes qui se grandissent », en revanche, il les reconnaît de loin et s’oppose à elles.

Malgré mon désir de veiller jusqu’à la Messe de Minuit, je n’ai pas pu le faire : je me suis tout de suite endormie et, d’ailleurs, je me sentais très faible. Toutefois, lorsque l’on a sonné la Messe de Minuit, j’ai bondi de mon lit. J’ai eu beaucoup de mal à m’habiller, parce qu’à chaque instant j’étais prise de nausée.