Le 6 septembre 1937. Aujourd’hui, je change d’emploi : je quitte le jardin pour le désert de la porterie Sœur Faustine appelle la porterie un « désert », parce qu'en raison de sa fonction, la sœur portière restait éloignée de la communauté des sœurs pendant la plus grande partie de la journée. . Je suis allée parler un moment avec le Seigneur et je lui ai demandé sa bénédiction et la grâce d’accomplir fidèlement la tâche qui m’a été confiée. J’ai entendu ces paroles : « Ma fille, je suis toujours avec toi. Je t’ai donné la possibilité de t’exercer aux actes de miséricorde que tu accompliras dans l’obéissance. Tu me feras très plaisir si, tous les soirs, tu me rends en détail cette tâche. » J’ai senti que Jésus me donnait une nouvelle grâce pour accomplir cette fonction, mais, malgré cela, je me suis enfermée plus profondément dans son cœur.
Aujourd’hui, je me suis sentie plus malade, mais Jésus m’a donné dans la journée plus d’occasions de m’exercer à la vertu. Il s’est trouvé que ma tâche a été plus pénible que d’habitude. La sœur à la cuisine m’a manifesté son mécontentement, parce que je suis arrivée en retard pour le déjeuner, et cela, alors qu’en aucune manière je n’aurais pu venir plus tôt. Cependant, je me sentais si mal que j’ai dû demander à la mère supérieure la permission d’aller me reposer. Je suis allée ensuite prier sœur N. de me remplacer dans ma tâche. Et j’ai dû à nouveau essuyer des reproches : « Qu’est-ce qu’il y a encore ? Vous vous êtes tellement fatiguée que vous allez à nouveau vous mettre au lit ? Encore le lit ? » Je l’ai écoutée sans broncher, mais ce n’était pas fini. Il fallait que je demande encore à la sœur qui sert les malades de m’apporter mon repas. Quand je l’ai fait, elle est sortie précipitamment de la chapelle et m’a suivie afin que j’entende pour me dire ce qu’elle avait sur le cœur : « Pourquoi vous couchez-vous, etc. ? » Je l’ai alors priée de ne rien m’apporter . J’écris ceci en résumant beaucoup, parce que je n’ai pas l’intention de m’appesantir sur ces choses, mais j’en parle afin qu’on ne se comporte pas ainsi envers une autre âme, parce que cela déplaît au Seigneur. Dans une âme qui souffre, nous devrions voir Jésus crucifié, et non un parasite et un fardeau pour la communauté. Une âme souffrante qui se soumet à la volonté de Dieu attire bien plus de bénédictions divines sur le couvent que toutes les sœurs qui vaquent à leurs tâches. Une maison où il n’y a pas de sœurs malades est bien à plaindre. Dieu accorde parfois de grandes grâces à cause des âmes souffrantes et éloigne beaucoup de châtiments, uniquement par égard pour elles.
Ô mon Jésus, quand allons-nous considérer les âmes avec des motifs plus élevés ? Quand porterons-nous des jugements véridiques ? Tu nous donnes la possibilité de nous exercer à des actes de miséricorde, et nous, nous nous exerçons à porter des jugements. Pour se convaincre que l’amour de Dieu règne ou non dans un couvent, il faut demander comment on s’y comporte envers les malades, les infirmes et les impotents.
Le 10 septembre . Pendant ma méditation, j’ai appris que, plus l’âme est pure, plus son union à Dieu est exclusivement spirituelle et il y a peu de cas des sens et de leur révolte. Dieu est Esprit, je l’aime donc en esprit et en vérité.
Lorsque j’ai su combien il est dangereux à notre époque d’être à la porterie à cause des troubles révolutionnaires, et combien les méchantes gens haïssent les couvents, je suis allée parler au Seigneur et je l’ai prié de faire en sorte qu’aucun méchant homme n’ose s’approcher de là par crime. J’ai alors entendu ces mots : « Ma fille, dès que tu as été envoyée à la porterie, j’ai placé un Chérubin au-dessus du portail pour qu’il le garde, sois tranquille. » Quand je suis revenue, après ma conversation avec le Seigneur, j’ai vu un léger nuage blanc et, dans ce nuage, se tenait un Chérubin : il avait les mains jointes, et son regard était comme l’éclair. J’ai compris que c’était le feu de l’amour de Dieu qui embrasait son regard…