Le 20 [juillet 1937]. J’ai appris aujourd’hui que je devrai partir pour Rabka À Rabka, la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame de la Miséricorde possède une petite maison de repos, appelée Loreto. . Je ne devais y aller qu’après le 5 août, mais j’ai demandé à la mère supérieure la permission de m’y rendre tout de suite. Je ne suis pas allée chez le père Andrasz et j’ai demandé à partir au plus vite. La mère supérieure a été un peu étonnée de ma hâte, mais je ne me suis pas justifiée et je n’ai pas non plus donné d’explication. Cela demeurera un secret pour l’éternité. Dans ces circonstances, j’ai pris une résolution et je me n’y tiendrai.

Le 29 [juillet 1937]. Aujourd’hui, je pars pour Rabka. Je suis entrée un instant dans la chapelle et j’ai demandé au Seigneur de faire un bon voyage. Cependant, mon âme était plongée dans les ténèbres et le silence ; j’ai senti que j’étais seule, que je n’avais personne. J’ai demandé à Jésus d’être avec moi. Soudain, j’ai perçu dans mon âme un petit rayon de lumière, signe que Jésus était avec moi, mais, après cette grâce, l’obscurité a augmenté et des ténèbres encore plus épaisses ont envahi mon âme. Alors, j’ai dit : « Que ta volonté soit faite ! Tu peux tout ! » Dans le train, lorsque j’ai vu par la fenêtre la beauté des paysages et des montagnes, j’ai commencé à ressentir dans mon âme des tourments encore plus forts.

Quand les sœurs m’ont souhaité la bienvenue et ont commencé à me témoigner leur affection, ma souffrance a encore augmenté. J’aurais voulu me cacher, me reposer un peu dans la solitude, rester seule. Dans de tels moments, aucune créature n’est capable de me consoler, et même si je voulais m’épancher, j’éprouverais de nouveaux tourments. Voilà pourquoi, dans des moments pareils, je me suis toujours tue, m’abandonnant en silence à la volonté de Dieu, et cela m’apaisait. Je n’attends rien des créatures et je n’ai de relations avec elles que dans la mesure où la nécessité l’exige. Je ne ferai pas de confidences, à moins que cela ne soit nécessaire pour la gloire de Dieu. Je n’ai de relations qu’avec les anges.

Cependant, mon état de santé est si mauvais ici que je suis obligée de rester alitée. Je ressens des douleurs étranges, lancinantes dans toute la cage thoracique, et je ne peux même pas remuer le bras. Une nuit, j’ai dû rester couchée sans bouger, parce que j’avais l’impression qu’au moindre mouvement, tout se déchirerait dans mes poumons. Cette nuit a été interminable, Je m’unissais à Jésus crucifié et je priais le Père céleste pour les pécheurs. On dit que la maladie pulmonaire ne provoque pas de douleurs aussi aiguës, et pourtant, je les éprouve continuellement. Ici, ma santé s’est tellement aggravée que je dois rester au lit. Sœur N.

a dit que je ne me sentirais pas mieux ici, parce que Rabka ne convient pas à tous les malades.

Aujourd’hui, je n’ai même pas pu aller à la sainte messe ni communier et, en proie aux souffrances de l’âme et du corps, je me répétais en moi-même : « Que la volonté du Seigneur soit faite ! Je sais que ta générosité est infinie. » Soudain, j’ai entendu un ange chanter le chant de toute ma vie, de tout ce qu’elle contient. Cela m’a stupéfiée, mais aussi fortifiée.

Saint Joseph m’a demandé d’avoir pour lui une constante dévotion. Il m’a dit lui-même de réciter chaque jour trois prières et un Souvenez-vous « Souvenez-vous, ô très chaste époux de Marie... » : prière à Saint Joseph, récitée autrefois quotidiennement par la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame de la Miséricorde. . Il m’a regardée avec beaucoup de bienveillance et m’a fait connaître combien il soutient cette œuvre. Il m’a promis son aide particulière et sa protection. Je dis donc tous les jours les prières qu’il exige et je sens sa protection particulière.