Le 6 mai . Ascension du Seigneur. Depuis tôt le matin, mon âme est touchée par Dieu. Après la sainte Communion, j’ai été un instant en relation avec le Père céleste. Mon âme a été attirée dans le brasier même de l’amour. J’ai compris qu’aucune des œuvres extérieures ne peut être comparée avec le pur amour de Dieu… J’ai vu la joie du Verbe Incarné et j’ai été plongée dans la Trinité de Dieu. Lorsque je suis revenue à moi, la nostalgie a envahi mon âme, je languis de m’unir à Dieu. Un si grand amour envers le Père céleste s’est emparé de moi que je peux qualifier toute cette journée d’extase d’amour ininterrompue. L’univers entier m’a paru n’être qu’une minuscule goutte d’eau face à Dieu. Il n’y a pas de plus grand bonheur que lorsque Dieu me fait savoir intérieurement que chaque battement de mon cœur lui est agréable, et quand il me montre qu’il m’aime particulièrement. Cette conviction intérieure, par laquelle Dieu me confirme l’amour qu’il me porte et me montre combien mon âme lui est agréable, plonge mon âme dans une paix profonde. Aujourd’hui, je n’ai pas pu prendre de nourriture : je me sentais rassasiée par l’amour.
Dieu de grande miséricorde, qui as daigné nous envoyer ton Fils unique comme preuve suprême d’amour et d’infinie miséricorde, tu ne rejettes pas les pécheurs, mais tu leur as ouvert, à eux aussi, le trésor de ton insondable miséricorde, dans lequel ils peuvent puiser en abondance tout ce qu’ils désirent : la justification, mais toute la sainteté à laquelle une âme peut parvenir. Père de grande miséricorde, je désire que tous les cœurs se tournent avec confiance vers ton infinie miséricorde. Nul ne se justifiera devant toi si ton insondable miséricorde ne l’accompagne pas. Lorsque tu nous dévoileras le mystère de ta miséricorde, l’éternité ne nous suffira pas pour t’en remercier comme il convient.
Ah ! qu’il est doux d’avoir au fond de l’âme ce que l’Église nous demande de croire ! Quand mon âme est plongée dans l’amour, je résous clairement et rapidement les problèmes les plus compliqués. Seul l’amour est capable d’enjamber les précipices et de franchir les sommets des montagnes. L’amour, encore une fois l’amour.
- Le 12 [mai 1937]. Une étrange obscurité envahit parfois mon esprit, et je suis alors plongée dans le néant malgré mes désirs.
Le 20 mai . Un mois s’est écoulé depuis que je jouis d’une excellente santé, et il m’est venu à l’esprit que je ne sais pas ce qui plaît davantage au Seigneur : que je le serve en étant malade, ou bien en étant en bonne santé, comme je le lui avais demandé. J’ai donc dit au Seigneur : « Jésus, fais de moi ce qui te plaît », et Jésus m’a ramenée à mon état antérieur.
Ah ! qu’il est doux de vivre au couvent parmi les sœurs, mais il ne faut pas oublier que ces anges habitent un corps humain !
À un moment, j’ai vu Satan chercher en hâte quelqu’un parmi les sœurs, mais il ne trouvait personne. J’ai senti une inspiration dans mon âme et je lui ai ordonné, au nom de Dieu, de m’avouer ce qu’il cherchait parmi nous. Et il m’a avoué, bien à contrecœur, qu’il cherchait des âmes oisives. Puis, lorsque je lui ai de nouveau ordonné, au nom de Dieu, d’avouer à quelles âmes du couvent il accès le plus facilement accès, il a répondu, toujours à contrecœur : « Aux âmes paresseuses et oisives. » J’ai remarqué qu’en ce moment, il n’y a pas d’âmes de ce genre dans notre maison. Que les âmes laborieuses et épuisées se réjouissent !
Le 22 mai 1937. Aujourd’hui, la chaleur est si torride qu’il est difficile de la supporter ! Nous voudrions qu’il pleuve, mais il ne pleut pas. Depuis plusieurs jours déjà, les nuages s’amoncellent dans le ciel, mais il n’y a toujours pas de pluie. Lorsque j’ai vu que les plantes étaient si assoiffées, j’ai été prise de pitié et j’ai décidé de dire ce chapelet jusqu’à ce que Dieu fasse tomber la pluie. Après le goûter, le ciel s’est couvert de nuages et une pluie battante a frappé la terre. J’ai récité ce chapelet pendant trois heures d’affilée. Et le Seigneur m’a fait comprendre que l’on peut tout obtenir par cette prière.