Le 17 avril . Aujourd’hui, pendant le cours de catéchisme Dans la maison de la Congrégation de Notre-Dame de la Miséricorde à Cracovie, l'aumônier donnait chaque semaine aux sœurs une conférence sur l'ascétisme. On appelait couramment ces conférences « catéchisme. » , j’ai été confortée dans une vérité que j’avais déjà découverte intérieurement et dont je vivais depuis longtemps : si une âme aime sincèrement Dieu et qu’elle est intimement unie à lui, même si, à l’extérieur, elle vit dans des conditions difficiles, rien n’a le pouvoir d’entamer son être intérieur et elle peut demeurer pure et intacte au milieu de la corruption. En effet, l’immense amour de Dieu lui donne la force de combattre, et Dieu défend l’âme qui l’aime sincèrement d’une manière spéciale, parfois même miraculeuse.
Un jour, Dieu m’a fait savoir intérieurement que je n’avais jamais perdu mon innocence et que, malgré les divers dangers dans lesquels je m’étais trouvée, lui-même avait veillé sur moi, afin que la virginité de mon âme et de mon cœur reste intacte. Toute la journée, je lui ai intérieurement rendu grâce avec une immense ferveur. Je l’ai remercié parce qu’il a daigné me défendre du mal, mais aussi parce que j’ai trouvé grâce à ses yeux et qu’il a bien voulu me l’assurer lui-même.
Au bout de quelques années, il a daigné me confirmer dans cette grâce. Depuis ce temps-là, je n’ai plus connu aucune révolte des sens contre l’âme. J’ai écrit cela de manière plus précise Cf. PJ 40, à partir de : « Lorsque nous avons quitté nos prie-Dieu... » dans un autre cahier. Chaque fois que je me rappelle cette inconcevable grâce, une nouvelle flamme d’amour et de gratitude envers Dieu embrase mon âme, et cet amour me conduit à un complet oubli de moi-même.
Depuis ce temps-là, je vis sous la protection virginale de la Mère de Dieu. Elle veille sur moi et elle m’instruit. Je suis sereine près de son cœur Immaculé. C’est parce que je suis si faible et si inexpérimentée que je me blottis contre son cœur, comme un petit enfant.
Bien que Dieu m’ait affermie dans cette vertu, je ne cesse d’y veiller, j’ai même peur de ma propre ombre ; et cela, seulement parce que j’aime tant Dieu.
Cette grâce divine ne m’a été donnée que parce que j’étais le plus faible des êtres humains. Voilà pourquoi le Tout-Puissant m’a entourée de sa miséricorde d’une façon particulière.
Le 24 avril . Je perçois chaque grande grâce à l’avance. Une étrange nostalgie et une soif de Dieu s’emparent de moi et j’attends cette grâce. Plus elle est grande, plus mon pressentiment est fort, et aussi plus mon affrontement avec l’ennemi de mon salut est fort.
Parfois, mon âme se trouve dans un état que je ne peux décrire qu’en utilisant cette comparaison : imaginons deux bons amis dont l’un prépare un grand festin pour y convier l’autre. L’un et l’autre se réjouissent, mais le festin ne commencera qu’à l’heure qui a été fixée. Ainsi, les moments qui précèdent la grâce sont si intenses qu’il m’est difficile de les décrire. Ils se caractérisent par une douloureuse langueur et un amour ardent. Je sens que le Seigneur est là, mais je ne peux pas m’abîmer complètement en lui, parce que l’heure fixée n’est pas encore venue. Parfois, avant ce moment de grâce, je suis complètement démunie, qu’il s’agisse aussi bien de mon esprit que de ma volonté et de mon cœur. Je suis seule et j’attends Dieu seul. C’est lui-même qui accomplit cela en moi avant de venir.