Le 26 mars 1937. Vendredi. Dès le matin, j’ai ressenti dans mon corps la douleur de ses cinq plaies. Cette souffrance a duré jusqu’à trois heures. Bien qu’ils ne soient pas du tout visibles à l’extérieur, ces supplices n’en sont pas moins douloureux. Je me réjouis de ce que Jésus me mette à l’abri des regards humains.
À onze heures, Jésus m’a dit : « Mon hostie, tu es un soulagement pour mon cœur supplicié. » J’ai cru qu’à ces paroles mon cœur prendrait feu. Il m’a fait entrer dans une union si étroite avec lui que mon cœur a épousé son cœur dans l’amour. J’ai perçu ses plus légers frémissements, et lui, les miens. Une fois créé, le feu de mon amour a été uni au brasier de son amour éternel. Cette grâce, à elle seule, dépasse toutes les autres par son immensité. L’Essence de la Trinité m’a toute submergée et j’ai été entièrement plongée en Dieu. C’est comme si ma petitesse luttait avec ce Souverain éternel. Je suis plongée dans un inconcevable amour et dans un inconcevable supplice à cause de sa Passion. Tout ce qui concerne son Être se communique aussi à moi.
Jésus m’avait fait connaître et pressentir cette grâce, mais aujourd’hui, il me l’a accordée. Je n’aurais jamais osé en rêver. Mon cœur est comme dans une extase continuelle, bien qu’à l’extérieur rien ne m’empêche d’être en relation avec mon prochain ni de régler diverses affaires. Rien ne peut interrompre mon extase et personne ne peut la deviner, car je l’ai prié de daigner me protéger des regards humains. Cette grâce a fait entrer dans mon âme tout un océan de lumière pour la connaissance de Dieu et de moi-même. La stupeur m’envahit tout entière et me plonge comme dans une nouvelle extase, du fait que Dieu a daigné s’abaisser jusqu’à moi, qui suis si petite.