Le 19 décembre . Ce soir, j’ai été avertie dans mon âme qu’une personne avait besoin de mes prières. J’ai commencé à prier tout de suite. Soudain, je reconnaîs et je sens intérieurement l’esprit qui me le demande. Je prie jusqu’au moment où je me sens tranquillisée. Ce chapelet est une très grande aide pour les mourants. Je prie souvent pour une intention que j’ai connue intérieurement, et je prie toujours jusqu’à ce que je sente dans mon âme que ma prière a été efficace.

C’est surtout maintenant, depuis que je suis à l’hôpital, que je sens un lien intime avec les mourants qui viennent me demander des prières au début de leur agonie. Dieu m’a donné ce lien étrange avec les agonisants. Comme cela arrive plus souvent maintenant, je peux même vérifier l’heure. Aujourd’hui, à onze heures du soir, j’ai soudain été réveillée, et j’ai nettement senti la présence d’un esprit qui se tenait près de moi et me demandait des prières ; une force me contraint littéralement à prier. Ma vision était clairement spirituelle : c’est une illumination soudaine que Dieu m’accorde à cet instant. Je prie longtemps, jusqu’à ce que mon âme soit en paix. La durée de mes prières n’est pas toujours la même. Il arrive d’ailleurs que je vous salue, Marie suffise pour que je sois tranquillisée. Je dis alors le De profundis et puis je cesse de prier. Mais il arrive aussi que je ne trouve pas la paix avant d’avoir récité tout ce chapelet. Et là aussi, j’ai constaté que je sens cette obligation de prier, c’est-à-dire cette inquiétude intérieure, pendant un temps assez long, quand le combat de l’âme est plus rude et l’agonie plus longue. Pour déterminer l’heure, j’emploie la méthode suivante : j’ai une montre et je regarde l’heure ; le lendemain, lorsqu’on m’annonce la mort de cette personne, j’en demande l’heure. Elle correspond toujours très exactement, et il en est de même pour l’agonie. On me dit : « Telle ou telle personne a beaucoup lutté », ou encore : « Aujourd’hui, telle personne est mourante, mais elle s’est endormie vite et paisiblement. » Il arrive que la personne mourante soit dans le deuxième ou le troisième pavillon, mais la distance n’existe pas pour l’esprit. Il m’arrive de percevoir cela à une distance de plusieurs centaines de kilomètres. Cela s’est produit plusieurs fois pour des parents et des membres de ma famille, mais aussi pour des religieuses, et même pour des âmes que je n’avais pas connues de ma vie.

Ô Dieu infiniment miséricordieux, qui me permets d’apporter, par mon indigne prière, aide et soulagement aux agonisants, sois béni autant de fois qu’il y a d’étoiles dans le ciel et de gouttes d’eau dans tous les océans ! Que l’amour de ta miséricorde retentisse sur tout le globe terrestre et s’élève jusqu’au pied de ton trône, comme louange pour le plus grand de tes attributs : ton insondable miséricorde. Ô Dieu, ta miséricorde inconcevable plonge dans un ravissement renouvelé les âmes saintes et tous les esprits célestes. Les esprits purs sont plongés dans une stupeur sacrée en adorant cette miséricorde infinie qui les introduit dans une nouvelle extase. Leur adoration s’accomplit de façon parfaite. Ô Dieu éternel, avec quelle ferveur je désire adorer ton attribut suprême : ton insondable miséricorde ! Je vois toute ma petitesse et je ne puis m’égaler aux habitants du ciel qui, dans un ravissement sacré, glorifient la miséricorde du Seigneur, mais j’ai trouvé, moi aussi, une façon parfaite d’adorer l’infinie miséricorde de Dieu.

Ô très doux Jésus, qui as daigné me faire connaître ton insondable miséricorde, à moi qui ne suis que misère ! Ô très doux Jésus, qui as daigné exiger de moi que je parle de ton inconcevable miséricorde au monde entier, voici qu’aujourd’hui je prends dans mes mains les deux rayons qui ont jailli de ton cœur miséricordieux : le sang et l’eau, et je les répands sur tout le globe terrestre, afin que chaque âme puisse éprouver ta miséricorde. Et, l’ayant éprouvée, qu’elle t’adore à travers les siècles. Ô très doux Jésus qui as daigné, dans ton inconcevable bonté, unir mon cœur misérable à ton cœur très miséricordieux, c’est par ton propre cœur que j’adore Dieu, notre Père, comme aucune âme ne l’a encore adoré.

Le 21 décembre

La radio est toujours allumée l’après-midi, si bien que le silence me manque. Jusqu’à midi, c’est le brouhaha des conversations ininterrompues. Mon Dieu, je me réjouissais de trouver ici le silence, de ne parler qu’avec le Seigneur, et voilà que c’est le contraire. Cependant, rien ne me gêne pour maintenant : ni les conversations, ni la radio. Absolument rien. La grâce de Dieu a fait que, lorsque je prie, je ne sais même pas où je suis, je sais seulement que mon âme est unie au Seigneur, et c’est ainsi que s’écoulent mes journées dans cet hôpital.

  • J’admire ce prêtre pour toutes les humiliations et les souffrances Il s'agit ici des souffrances et des humiliations que subissait l'abbé Michał Sopoćko à cause de ses efforts pour propager le culte de la Miséricorde Divine et fonder une nouvelle congrégation. Sœur Faustine avait une connaissance intérieure de ces souffrances. Elle l'en a informé par écrit, comme en témoigne l'abbé Sopoćko dans une lettre datée du 6 mars 1972. qu’il subit pour cette cause. Je le vois à certains moments et je le soutiens par mon indigne prière. Seul Dieu peut insuffler un tel courage, car, sinon, l’âme faiblirait, mais je vois avec joie que toutes ces difficultés contribuent à la plus grande gloire de Dieu ; le Seigneur n’a pas beaucoup d’âmes de cette qualité. Ô Éternité infinie, tu révéleras au grand jour les efforts des âmes héroïques, parce que, sur la terre, ils ne sont payés que d’ingratitude et de haine. Ces âmes n’ont pas d’amis , elles sont solitaires. Dans cette solitude, elles se fortifient, elles puisent leur force uniquement en Dieu. Elles affrontent avec humilité, mais avec un grand courage, toutes les tempêtes qui s’abattent sur elles. Telles de gigantesques chênes, elles sont inébranlables ; leur secret consiste en ce qu’elles puisent leur force en Dieu et en reçoivent tout ce dont elles ont besoin pour elles et pour les autres. Elles portent leur propre fardeau, mais elles sont capables de se charger aussi des fardeaux des autres. Ce sont des colonnes de lumière sur les chemins de Dieu, qui vivent dans la lumière et éclairent aussi les autres. Et, comme elles vivent sur les hauteurs, elles savent les indiquer aux autres, plus petites, et les aider à les atteindre.

  • Mon Jésus, tu vois que non seulement je ne sais pas bien écrire, mais qu’en plus je n’ai même pas de papier, et que j’ai tellement de mal à écrire que je dois former mes phrases lettre par lettre. Et ce n’est pas tout : une autre difficulté est que je note ces choses en cachette des sœurs, si bien que je suis parfois obligée à tout moment de fermer mon cahier très vite pour écouter patiemment ce que l’une d’elles me raconte. Ainsi s’écoule le temps destiné à écrire, et comme j’ai fermé mon cahier en toute hâte, les lettres sont brouillées. J’écris avec l’autorisation des supérieures et sur ordre de mon confesseur. Chose étrange : parfois, j’écris avec une assez grande facilité, alors que, parfois, j’ai moi-même du mal à me relire.