En ce qui me concerne, j’ai reçu cette grâce pour la première fois, et pendant un très bref instant, lorsque j’avais dix-huit ans Sœur Faustine s'est probablement trompée dans le calcul de son âge, car, comme elle le dit elle-même dans son Petit Journal, elle a reçu cette grâce en 1925 pendant l'octave de la Fête-Dieu. Comme elle est née en 1905, elle n'avait pas 18 ans, mais 20 ans en 1925 (cf. PJ 16 ; cf. note 16). . C’était pendant l’octave de la Fête-Dieu, durant les vêpres, quand j’ai fait à Jésus le vœu de chasteté perpétuelle. Je vivais encore dans le monde, mais j’allais bientôt entrer au couvent. Cette grâce a duré un moment très court, mais la puissance de cette grâce est très grande. Ensuite, il y a eu un long intervalle de temps pendant lequel j’ai reçu de nombreuses grâces du Seigneur, mais elles étaient d’un autre ordre. C’était une période d’épreuves et de purification. Ces épreuves étaient si douloureuses que mon âme a connu un abandon total de Dieu et a été plongée dans des ténèbres épaisses. J’ai remarqué et j’ai compris que personne ne pourrait ni me délivrer de ces tourments, ni me comprendre. Il y a eu des moments où mon âme a sombré dans le désespoir, une fois pendant une demi-heure, une autre fois pendant trois quarts d’heure. Je ne peux pas décrire exactement la grandeur des grâces que j’ai reçues, et il en est de même pour les épreuves que Dieu m’a envoyées. Quels que soient les mots que j’emploierais, ils n’en seraient qu’un pâle reflet. Cependant, de la même manière dont le Seigneur m’a plongée dans ces tourments, de la même manière il m’en a délivrée. Cela a tout de même duré plusieurs années. Puis j’ai reçu à nou- veau la grâce exceptionnelle de l’union avec Dieu qui dure encore aujourd’hui, mais, dans cette seconde union aussi, il y a eu de brèves interruptions. Toutefois, depuis un certain temps, je ne connais plus aucune interruption et je suis plongée de plus en plus profondément en Dieu. Une grande lumière vient illuminer l’intelligence et permet de connaître la grandeur de Dieu. Ce n’est pas comme si je devais distinguer en lui ses attributs un par un, comme auparavant. Non, ici c’est différent : en un seul instant, je connais toute l’Essence de Dieu.

Au même moment, l’âme est entièrement plongée en lui et connaît une béatitude aussi grande que les élus dans le ciel. Bien que les élus voient Dieu face à face et soient complètement, pleinement heureux, leur connaissance de Dieu n’est pas égale. Dieu me l’a fait comprendre. Cette connaissance plus profonde de Dieu commence dès ici-bas par le moyen de la grâce, mais dépend en grande partie de notre fidélité à cette grâce. Pourtant, l’âme qui reçoit l’inconcevable grâce de l’union à Dieu ne peut pas dire qu’elle voit Dieu face à face. Il y a là le voile ténu de la foi, mais il est si ténu que l’âme peut dire qu’elle voit Dieu et qu’elle parle avec lui. Elle est divinisée. Dieu lui fait savoir à quel point il l’aime, et l’âme voit que d’autres âmes, meilleures et plus saintes qu’elle, n’ont pas reçu cette grâce. C’est pourquoi une stupeur sacrée s’empare d’elle et la maintient dans une profonde humilité ; elle se plonge dans son néant et dans cette stupeur sacrée. Et plus elle s’humilie, plus Dieu s’unit étroitement à elle, et plus il s’abaisse jusqu’à elle. À ce moment-là, l’âme est comme cachée, les sens sont suspendus. En un instant, elle connaît Dieu et se perd en lui. Elle découvre toute la profondeur de l’Insondable, et plus cette connaissance est grande, plus l’âme le désire ardemment.

La réciprocité de l’âme et de Dieu est grande. Lorsque l’âme sort de sa cachette, les sens goûtent à ce dont elle s’est délectée, et c’est aussi une très grande grâce de Dieu, mais elle n’est pas purement spirituelle ; dans la première phase [de l’union], il n’y a pas de participation des sens. Toute grâce donne à l’âme l’ardeur et la force d’agir, et le courage de souffrir. L’âme sait bien ce que Dieu exige d’elle et elle accomplit sa sainte volonté, malgré les obstacles.

Cependant, l’âme ne peut pas agir seule dans ces choses. Il faut qu’elle suive les conseils d’un confesseur éclairé, sinon elle peut s’égarer ou n’en retirer aucun profit.