Ma relation avec le Seigneur est actuellement profondément spirituelle. Mon âme est touchée par Dieu et se plonge entièrement en lui jusqu’à s’oublier elle-même. Complètement empreinte de Dieu, elle se perd tout entière dans sa beauté. Je ne sais pas le décrire, car lorsque j’écris, je me sers des sens, alors que dans cette union les sens n’agissent plus : il s’accomplit là une fusion entre Dieu et l’âme ; l’âme est admise à une vie en Dieu si intense qu’il est impossible de l’exprimer par des mots. Lorsque l’âme reprend la vie ordinaire, elle voit que cette vie est un crépuscule, un brouillard, une somnolence confuse, le maillot dont on enveloppe un nourrisson. Dans ces moments-là, l’âme ne fait que recevoir de Dieu, parce que d’elle-même elle ne fait rien, elle ne fait pas le moindre effort, c’est Dieu qui accomplit tout en elle. Mais lorsqu’elle revient à son état habituel, elle voit qu’il n’est pas en son pouvoir de demeurer plus longtemps dans cette union. Ces moments [d’union avec Dieu] sont courts, même si leurs effets sont durables, mais l’âme ne peut rester longtemps dans cet état d’union avec Dieu, car, par la force des choses, elle se libérerait pour toujours des liens du corps, alors même qu’elle est miraculeusement soutenue par Dieu. Dieu fait connaître clairement à l’âme combien il l’aime, qu’elle seule est en quelque sorte l’objet de son amour. L’âme le découvre clairement, comme sans voile. Elle s’élance vers Dieu de toutes ses forces, mais elle se sent comme un enfant. Elle sait que ce n’est pas en son pouvoir. C’est pourquoi Dieu s’abaisse jusqu’à elle et s’unit à elle d’une manière… ici, je suis obligée de me taire, parce que je suis incapable de décrire ce que l’âme éprouve.