Le 24 octobre 1935. Dimanche, premier jour. Je suis tout de suite allée devant le Très Saint Sacrement et je me suis offerte à Père éternel avec Jésus qui est dans le Très Saint Sacrement. J’ai alors entendu dans mon âme ces paroles : « Ta mission, et celle de tes compagnes, est de vous unir à moi le plus étroitement possible par l’amour. Tu vas réconcilier la terre et le ciel, tu vas apaiser la juste colère de Dieu, et tu vas implorer la miséricorde pour le monde. Je te confie deux perles précieuses à mon cœur ; ce sont les âmes des prêtres et les âmes des religieux. Tu vas prier tout particulièrement pour elles : leur force viendra de votre anéantissement. Tu uniras tes prières, tes jeunes, tes mortifications, tes amours et toutes tes souffrances à ma prière, à mon jeûne, ma mortification, mon travail et ma souffrance, et ils auront alors de la force auprès de mon Père. »

Après la sainte Communion, j’ai vu Jésus. Il m’a dit : « Aujourd’hui, pénètre dans l’esprit de ma pauvreté, et fais en sorte que les plus pauvres n’aient rien à t’envier. Ce n’est pas dans des édifices somptueux et dans des mobiliers magnifiques, mais dans un cœur humble et pur que je me complais. »

Quand je suis restée seule, j’ai commencé à réfléchir à l’esprit de pauvreté. Je vois clairement que Jésus n’avait rien, bien qu’il soit le Seigneur de toutes choses. Né dans une crèche qui ne lui appartient pas, il passe sa vie à faire du bien à tous, alors que lui-même n’a pas où reposer la tête. Sur la croix, je vois le sommet de sa pauvreté : Il n’a même pas de vêtements. Ô Jésus, par mon vœu solennel de pauvreté, je désire me faire semblable à toi. La pauvreté sera ma mère : ne rien posséder en propre, ne disposer de rien à l’extérieur et ne rien désirer intérieurement. Que ta pauvreté est grande dans le Saint Sacrement ! Y a-t-il jamais eu une âme aussi abandonnée que la tienne, ô Jésus, sur la croix ?

La chasteté. Ce vœu se comprend de lui-même : il proscrit tout ce qui est interdit par les sixième et neuvième commandements de Dieu, évidemment : les actes, les paroles, les sentiments et… Je comprends que le vœu solennel diffère du vœu simple, je le comprends dans toute son étendue. Pendant que je réfléchissais à cela, j’ai entendu dans mon âme ces paroles : « Tu es mon épouse pour l’éternité. Ta pureté doit être plus grande que celle des anges, car avec aucun ange je n’ai de relation aussi étroite qu’avec toi. Le moindre des actes de mon épouse a une valeur infinie. Une âme pure a une force inconcevable devant Dieu. »

L’obéissance. « Je suis venu accomplir la volonté de mon Père. J’ai obéi à mes parents, j’ai obéi aux bourreaux, j’obéis aux prêtres. » Je comprends, Jésus, l’esprit d’obéissance et en quoi il consiste : il concerne non seulement son application à l’extérieur, mais il implique aussi la raison, la volonté et le jugement. En obéissant aux supérieurs, nous obéissons à Dieu. Il importe peu qu’un ordre me soit donné par un ange ou par un homme tenant la place de Dieu, je dois toujours obéir. Je n’écrirai pas grand-chose à propos des vœux, car ils sont clairs par eux-mêmes et formulés concrètement ; je vais plutôt noter ici quelques idées générales au sujet de cette congrégation.