• Le 15 août 1936. Pendant la sainte messe que célébrait le père Andrasz, un court instant avant l’élévation, mon âme a été saisie par la présence de Dieu et entraînée vers l’autel. J’ai alors vu la Mère de Dieu et l’Enfant Jésus qui la tenait par la main. Soudain, l’Enfant Jésus a couru joyeusement vers le milieu de l’autel et la Mère de Dieu m’a dit : « Vois avec quelle confiance je remets Jésus entre ses mains. De la même manière, tu dois lui confier ton âme et être envers lui comme un enfant. » À ces mots mon âme a été remplie d’une étrange confiance. La Mère de Dieu était vêtue d’une robe blanche, très blanche, translucide, elle avait sur les épaules une cape transparente, bleue comme l’azur, sa tête était découverte, ses cheveux dénoués. Elle était d’une beauté ravissante, indescriptible. Elle regardait le père avec une grande bienveillance, mais, peu après, le père a rompu ce magnifique Enfant et du vrai sang a jailli. Le père s’est incliné et a absorbé en lui ce Jésus vivant et véritable. Est-ce qu’il l’a mangé ? Je ne sais comment cela se passe. Jésus, Jésus, je ne peux te suivre, car, en un instant, tu me deviens incompréhensible.

La volonté de Dieu est la substance des vertus. Celui qui accomplit fidèlement la volonté de Dieu s’exerce à toutes les vertus. Dans tous les cas et dans toutes les circonstances de la vie, j’adore et je bénis la sainte volonté de Dieu. Elle est l’objet de mon amour. Dans les profondeurs les plus secrètes de mon âme, je vis de sa volonté et je n’agis à l’extérieur que dans la mesure où je sais intérieurement que telle est la volonté divine. Je préfère les tourments, les souffrances, les persécutions et les adversités de toutes sortes qui émanent de la volonté de Dieu, plutôt que les succès, les éloges et les louanges qui ont pour origine ma propre volonté.

Mon Jésus, bonne nuit. La cloche m’appelle au repos. Mon Jésus, tu vois que je meurs du désir de sauver les âmes. Bonne nuit, mon Époux, je me réjouis d’être plus proche d’un jour de l’éternité. Jésus, si tu permets que je me réveille demain, je commencerai une nouvelle hymne à ta gloire.

  • Le 13 juillet. Aujourd’hui, pendant la méditation, j’ai compris ceci : ne jamais parler à personne de ce que je vis intérieurement, mais ne rien cacher à mon directeur d’âme. Je vais prier Dieu d’une manière particulière pour qu’il donne la lumière à mon directeur . J’attache plus d’importance à la parole de mon confesseur qu’à toutes les illuminations que je reçois dans mon âme.

  • Dans mes plus cruels tourments, je plonge le regard de mon âme dans Jésus crucifié. Je n’attends pas d’aide des hommes, mais je mets ma confiance en Dieu : tout mon espoir est dans son insondable miséricorde.

  • Plus je sens que Dieu me transforme, plus je désire me plonger dans le silence. L’amour de Dieu opère au fond de mon âme. Je vois que la mission que le Seigneur m’a confiée commence.

  • Un jour que je priais avec ferveur les saints jésuites, j’ai vu tout à coup mon Ange gardien ; il m’a conduite devant le trône de Dieu. Je suis passée parmi de grandes cohortes de saints, j’ai reconnu beaucoup d’entre eux grâce à leur représentation sur des tableaux. J’ai vu des jésuites qui me demandaient : « À quelle congrégation appartient cette âme ? » Quand je le leur ai dit, ils m’ont demandé : « Qui est votre directeur ? » Je leur ai répondu que c’était le père Andrasz. Ils voulaient me parler plus longtemps, mais mon Ange gardien m’a fait signe de me taire. Je suis arrivée devant le trône de Dieu. J’ai vu une clarté immense et inaccessible. J’ai vu la place qui m’était destinée, près de Dieu. Je ne sais pas comment elle est, parce qu’une nuée la recouvrait, mais mon Ange gardien m’a dit : « Voici ton trône, pour la fidélité avec laquelle tu accomplis la volonté de Dieu. »

  • L’Heure sainte. Jeudi. Pendant cette heure de prière, Jésus m’a permis d’entrer dans le Cénacle et j’ai assisté à ce qui s’y est passé. J’ai été le plus profondément bouleversée lorsque Jésus, avant la consécration, a levé les yeux vers le ciel et est entré dans un dialogue mystérieux avec son Père. C’est seulement dans l’éternité que nous comprendrons véritablement ce moment. Ses yeux étaient comme deux flammes. Son visage, blanc comme la neige, rayonnait. Toute sa personne était empreinte de majesté et son âme pleine de nostalgie. Au moment de la consécration l’amour comblé s’est reposé. Le sacrifice était pleinement accompli. Maintenant, seule la cérémonie de la mort extérieure, de l’anéantissement extérieur s’accomplira : ce qui relève de l’essentiel a eu lieu au Cénacle. Jamais, dans ma vie, je n’avais eu une compréhension aussi profonde de ce mystère que durant cette heure d’adoration. Ah ! combien je désire ardemment que le monde entier connaisse cet insondable mystère !

À la fin de l’adoration, quand je suis allée dans ma cel- lule, j’ai soudain compris combien Dieu était offensé par une personne proche de mon cœur. Lorsque j’ai vu cela, la douleur a transpercé mon âme, je me suis jetée dans la poussière devant le Seigneur et j’ai mendié sa miséricorde. Durant deux heures, dans les larmes, les prières et la flagellation, je me suis opposée au péché ; puis j’ai su que la miséricorde divine s’était emparée de cette pauvre âme. Oh ! combien coûte un seul péché !

  • Septembre. Premier vendredi du mois. Ce soir, j’ai vu la Mère de Dieu, la poitrine dénudée, transpercée par un glaive. Elle pleurait à chaudes larmes et nous protégeait d’un terrible châtiment divin. Dieu veut nous infliger un châtiment terrible, mais il ne le peut pas, parce que sa Mère nous protège. Une frayeur épouvantable a saisi mon âme. Je ne cesse de prier pour la Pologne, la Pologne qui m’est si chère et qui est si peu reconnaissante à la Mère de Dieu. Sans la Mère de Dieu, nos efforts ne serviraient pas à grand-chose. J’ai multiplié mes efforts en prières et en sacrifices pour ma chère Patrie, mais je vois que je ne suis qu’une goutte d’eau face à la vague du mal. Comment une goutte d’eau pourrait-elle arrêter une vague déferlante ? Mais si ! Une goutte d’eau n’est rien en elle-même, mais avec toi, Jésus, j’affronterai vaillamment toute la vague du mal et l’enfer tout entier. Ta toute-puissance peut tout.

Un jour où j’empruntais le couloir qui menait à la cuisine, j’ai entendu dans mon âme ces paroles : « Récite sans cesse le chapelet que je t’ai appris. Tous ceux qui le diront obtiendront une grande miséricorde à l’heure de leur mort. Les prêtres le donneront aux pécheurs comme leur dernière planche de salut. Et même le pécheur le plus endurci, s’il dit ce chapelet une seule fois, recevra la grâce de mon infinie miséricorde. Je désire que le monde entier connaisse ma miséricorde. Je désire accorder des grâces inconcevables aux âmes qui ont confiance en ma miséricorde. »

Jésus, Vie et Vérité, mon Maître, dirige chaque pas de ma vie pour que j’agisse selon ta sainte Volonté.

  • Une fois, j’ai vu le siège de l’Agneau de Dieu, et, devant son trône, trois saints : Stanislas Kostka, André Bobola, et le prince Casimir, qui intercédaient pour la Pologne. Au même moment, j’ai vu aussi un grand livre, placé devant le siège et on me l’a donné pour que je le lise. Ce livre était écrit avec du sang. Mais je n’ai rien pu lire, sauf le nom de Jésus. Soudain, j’ai entendu une voix me dire : « Ton heure n’est pas encore venue. » On m’a repris le livre et j’ai entendu ces mots : « C’est toi qui témoigneras de mon infinie miséricorde. Dans ce livre sont inscrites les âmes qui ont adoré ma miséricorde. » J’ai été remplie de joie en voyant la si grande bonté de Dieu.

  • Un jour, j’ai connu la situation de deux religieuses qui murmuraient intérieurement contre un ordre de leur supérieure. À cause de cela, Dieu les a privées de beaucoup de grâces particulières. Lorsque j’ai vu cela, la douleur m’a étreint le cœur. Que nous soyons nous-mêmes la cause de la perte de grâces, ô Jésus, comme cela est triste ! Qui l’a compris est toujours fidèle.

  • Jeudi. Aujourd’hui, bien que je sois très fatiguée, j’ai ré- solu d’aller à l’Heure sainte. Je n’ai pas pu prier et je n’ai pas pu non plus rester agenouillée, mais je suis restée en prière une heure entière et je me suis jointe en esprit aux âmes qui adorent déjà Dieu d’une manière parfaite. Vers la fin de l’heure, j’ai soudain vu Jésus poser sur moi un regard profond d’une douceur ineffable. Il m’a dit : « Ta prière m’est extrêmement agréable. » À ces mots, une force étrange et une joie spirituelle sont entrées dans mon âme ; la présence de Dieu l’a pénétrée de part en part. Aucune plume n’a exprimé ni n’exprimera jamais ce qui se passe dans une âme qui rencontre le Seigneur face à face…

  • Ô Jésus, je comprends que ta miséricorde est inson- dable. Aussi, je t’en supplie, rends mon cœur assez grand pour qu’il accueille les besoins de toutes les âmes vivant sur le globe terrestre. Ô Jésus, étends mon amour au-delà de la terre jusqu’aux âmes qui souffrent dans le purgatoire. Envers elles je veux pratiquer la miséricorde à l’aide de prières indulgenciées. La miséricorde divine est inépuisable et insondable comme Dieu lui-même est insondable. Et même si j’employais les termes les plus forts pour décrire la miséricorde de Dieu, cela ne serait rien en comparaison de ce qu’elle est en réalité. Ô Jésus, attendris mon cœur chaque fois que mon prochain souffre dans son âme ou dans son corps. Ô Jésus, je sais que tu agis envers nous de la même façon que nous agissons envers les autres.

Mon Jésus, rends mon cœur semblable à ton cœur miséricordieux. Jésus, aide-moi à passer ma vie à faire du bien à chacun…