Dimanche des Rameaux. Ce dimanche, j’ai vécu d’une manière particulière les sentiments du très doux cœur de Jésus ; mon esprit était là où était Jésus. J’ai vu le Seigneur Jésus assis sur un ânon, j’ai vu ses disciples et une grande foule joyeuse, qui marchait avec le Seigneur Jésus, des branches de verdure à la main. Les uns les jetaient aux pieds de Jésus quand il passait, les autres les agitaient en l’air, sautaient et criaient devant le Seigneur, et ne savaient pas comment manifester leur joie. Et j’ai vu une seconde foule qui venait au-devant de Jésus : leurs visages étaient tout aussi joyeux, ils tenaient des branches dans les mains et ne cessaient de crier de joie ; il y avait parmi eux de petits enfants. Mais Jésus était très grave et le Seigneur m’a fait comprendre combien il avait souffert durant ce temps. Puis je n’ai plus rien vu, sauf Jésus qui avait le cœur abreuvé de l’ingratitude [des hommes].
Confession trimestrielle. Le père Bukowski. Quand j’ai été à nouveau poussée par une force à ne plus reporter cette affaire et que je ne pouvais retrouver la paix, j’ai dit au confesseur, le Père Bukowski, que je ne pouvais pas attendre plus longtemps. Il m’a répondu : « Ma Sœur, c’est une illusion : le Seigneur ne peut pas exiger cela de vous. Vous avez prononcé vos vœux perpétuels, tout cela est une illusion, vous inventez une hérésie. » Et il s’est mis à crier presque à voix haute. Je lui ai demandé si tout était une illusion. Il m’a répondu : « Tout. » – « Alors, comment dois-je agir maintenant ? Je vous en prie, dites-le-moi. » – « Eh bien, vous ne devez suivre aucune inspiration, vous devez vous distraire, ne prêter aucune attention à ce que vous entendez dans votre âme et vous efforcer de bien accomplir vos tâches extérieures. Ne pensez plus du tout à toutes ces choses, vivez dans une distraction totale. » J’ai répondu : « C’est bien. Jusqu’à présent, j’ai agi selon ma propre conscience, mais si vous m’ordonnez maintenant de ne plus prêter attention à ma vie intérieure, je ne le ferai plus. » Il a dit: « Si Jésus vous dit à nouveau quelque chose, vous ne devez pas le faire, mais venir me le dire. » J’ai répondu : « Bien, je vais tâcher d’être obéissante. » Je ne sais pas pourquoi le père était devenu si sévère.
Quand j’ai quitté le confessionnal, une foule de pensées ont accablé mon âme : À quoi bon être sincère ? Tout ce que j’ai dit au confesseur n’était pas un péché, et je ne suis donc pas obligée d’en parler au confessionnal. Tantôt je me dis : Comme il est bon de ne plus avoir besoin d’être attentive à ma vie intérieure, pourvu qu’à l’extérieur tout aille bien ; je n’ai plus besoin maintenant de faire attention à quoi que ce soit, de suivre ces voix intérieures qui m’ont parfois coûté tant d’humiliations ; dorénavant je serai libre. Et tantôt une douleur étrange étraint mon âme : Alors, je ne pourrai plus avoir de relations avec celui que je désire si ardemment ? Celui qui est toute la force de mon âme ? J’ai commencé à appeler : Vers qui irais-je, Jésus ? En effet, au moment où le confesseur a prononcé cette interdiction, d’épaisses ténèbres ont envahi mon âme : d’un côté, j’ai peur d’entendre une voix intérieure pour ne pas enfreindre l’interdiction du confesseur, et, d’un autre côté, je suis à l’agonie à cause de ma nostalgie de Dieu. Je suis déchirée intérieurement ; je n’ai pas de volonté propre, je suis entièrement livrée à Dieu.
C’était le Mercredi Saint. Ma souffrance a encore augmenté le Jeudi Saint. Quand je suis venue à la méditation, je suis entrée dans une sorte d’agonie, je ne sentais plus la présence de Dieu, mais toute sa justice pesait sur moi, et je me voyais comme anéantie par les péchés du monde. Satan a commencé à me railler : « Tu vois, maintenant, tu ne vas plus te soucier de lutter pour les âmes, regarde le salaire que tu as reçu : personne ne te croira quand tu diras que Jésus exige cela de toi. Regarde combien tu souffres déjà et combien tu souffriras encore. Le confesseur t’a pourtant bien dispensée de tout cela. » Maintenant, je peux vivre comme il me plaît, pourvu qu’à l’extérieur tout aille bien. Ces pensées atroces m’ont tourmentée pendant toute l’heure. Quand le moment de la sainte messe approchait, une douleur m’a étreint le cœur : dois-je quitter la Congrégation ? Et puisque le père m’a dit que c’était une hérésie, dois-je aussi quitter l’Église ? Et j’ai appelé le Seigneur d’une voix intérieurement remplie de douleur : « Jésus, viens à mon secours! » Mais pas un rayon de lumière ne pénètre dans mon âme et je sens que mes forces m’abandonnent : c’est comme si mon corps se détachait de mon âme. Je me soumets à la volonté de Dieu et je répète: « Ô mon Dieu, qu’il advienne de moi ce que tu as décidé, il n’y a plus rien en moi qui soit à moi. » Soudain, la présence de Dieu m’a enveloppée et m’a transpercée jusqu’à la moelle. C’était le moment de la sainte Communion. Peu après, j’ai perdu la notion de tout ce qui m’entourait, et du lieu où j’étais.
Soudain, j’ai vu Jésus tel qu’il est peint sur le tableau et il m’a dit : « Dis à ton confesseur que cette œuvre est la mienne et que je me sers de toi comme d’un misérable instrument. » J’ai répondu : « Jésus, je ne peux rien faire de ce que tu exiges de moi, car mon confesseur m’a dit que tout cela est une illusion et qu’il m’est défendu d’obéir à tes ordres. Je ne ferai rien de ce que tu m’enjoindras maintenant. Je te demande pardon, Seigneur, je n’ai le droit de rien faire, je suis obligée d’obéir au confesseur. Jésus, je te demande vraiment pardon. Tu sais combien cela me fait souffrir, mais, tant pis, le confesseur m’a interdit de suivre tes ordres. » Jésus a écouté mes explications et mes plaintes avec bienveillance et satisfaction. Je croyais que cela offenserait beaucoup Jésus ; or, au contraire, Jésus était content et il m’a dit avec bienveillance: « Dis toujours à ton confesseur tout ce que je t’ordonne et tout ce que je te dis, et fais seulement ce pour quoi tu auras sa permission. N’aie pas peur et ne crains rien, je suis toujours avec toi. » Mon âme a été comblée de joie, toutes les pensées qui me tourmentaient ont disparu et mon âme a été remplie de certitude et de courage.
Cependant, au bout d’un moment, je suis entrée dans la Passion que Jésus a soufferte au Jardin des Oliviers. Cela a duré jusqu’à vendredi matin. Vendredi, j’ai vécu la Passion de Jésus, mais d’une autre manière. Ce jour-là, il père Bukowski est venu de Derdy. Une force étrange m’a poussée à aller me confesser et à lui raconter tout ce qui m’était arrivé et ce que Jésus m’avait dit. Lorsque j’ai dit cela au père, il a réagi d’une manière complètement différente. Il m’a dit : « Ne craignez rien, il ne vous arrivera rien de mal, car Jésus ne le permettra pas. Puisque vous êtes obéissante et dans une telle disposition, je vous prie de ne vous inquiéter de rien. Dieu trouvera le moyen de mener cette œuvre à bonne fin. Soyez toujours aussi simple et aussi sincère et dites tout à la mère générale. Ce que j’ai dit, je l’ai fait pour vous mettre en garde, car même des personnes saintes peuvent avoir des illusions ; il peut s’y mêler parfois des suggestions venant de Satan, et parfois de nous-mêmes. Il faut donc être prudent. Continuez à agir comme jusqu’à présent : vous voyez que Jésus n’est pas fâché. Vous pouvez maintenant répéter certaines des choses qui viennent de se passer à votre confesseur habituel. »
J’ai compris une chose, à savoir que je dois beaucoup prier pour chaque confesseur, afin qu’il reçoive la lumière du Saint-Esprit, parce que, quand je m’approche du confessionnal sans avoir d’abord prié avec ferveur, le confesseur ne me comprend pas beaucoup. Le père m’a encouragée à prier ardemment pour que Dieu me fasse mieux connaître et comprendre ce qu’il exige de moi : « Dites une neuvaine après l’autre, et Dieu ne vous refusera pas ses grâces. »
Vendredi Saint. À trois heures, j’ai vu Jésus crucifié. Il m’a regardée et m’a dit : « J’ai soif. » Soudain, j’ai vu jaillir de son côté deux rayons, les mêmes que sur le tableau. J’ai alors ressenti dans mon âme le désir de sauver les âmes et de m’anéantir pour les pauvres pécheurs. Avec Jésus agonisant, je me suis offerte pour le monde au Père Éternel. C’est avec Jésus, par Jésus et en Jésus qu’est mon union avec toi, Père Éternel. Le Vendredi Saint, Jésus a souffert dans son âme d’une façon différente que le Jeudi Saint.
Messe de la Résurrection. [12 avril 1936]. Lorsque je suis entrée dans la chapelle, mon esprit s’est abîmé en Dieu, mon unique Trésor. Sa présence m’a submergée.
Ô Jésus, mon Maître et mon Guide, fortifie-moi, éclaire-moi dans ces moments difficiles de ma vie ; je n’attends pas d’aide des hommes, c’est en toi que je mets tout mon espoir. Je sens que je suis seule face à tes exigences, Seigneur. Malgré les craintes et les résistances de ma nature, j’accomplis ta sainte volonté et je désire la réaliser le plus fidèlement possible durant toute ma vie et à l’heure de ma mort. Jésus, avec toi je peux tout. Fais de moi ce qui te plaît, donne-moi seulement ton cœur miséricordieux, cela me suffit.
Ô mon Jésus et mon Seigneur, aide-moi ! Qu’il advienne de moi ce que tu as décidé avant les siècles, je suis prête à obéir au moindre signe de ta sainte volonté. Éclaire mon intelligence, afin que je puisse connaître ta volonté. Ô Dieu, toi qui pénètres mon âme, tu sais que je ne désire rien d’autre que ta gloire.
Ô volonté divine, délices de mon cœur, nourriture de mon âme, lumière de mon intelligence, force toute-puissante de ma volonté, parce que quand je m’unis à ta volonté, Seigneur, c’est ta force qui agit en moi et prend la place de ma faible volonté. Chaque jour, je tâche d’accomplir les souhaits de Dieu.
Ô Dieu inconcevable, que ta miséricorde est grande ! Elle dépasse tout entendement humain et angélique ensemble. Tous les anges et tous les hommes sont issus des entrailles de ta miséricorde. La miséricorde est la fleur de l’amour. Dieu est amour et la miséricorde est son action : elle prend naissance dans son amour et se manifeste dans sa miséricorde. Quoi que je regarde, tout me parle de miséricorde ; même la justice de Dieu me parle de son insondable miséricorde, car la justice découle de l’amour.
Une seule parole requiert toute mon attention, c’est d’elle seule que je tiens compte, elle seule est tout pour moi, je vis d’elle et je mourrai avec elle : c’est la sainte volonté de Dieu. Elle est ma nourriture quotidienne, toute mon âme est à l’écoute des désirs de Dieu. J’accomplis toujours les exigences de Dieu, bien que parfois ma nature tremble et que je sente que leur ampleur est au-dessus de mes forces. Je sais bien ce que je suis par moi-même, mais je sais bien aussi ce qu’est la grâce divine qui me soutient.