Le 11 février .

C’est aujourd’hui vendredi. Pendant la sainte messe, j’ai ressenti des douleurs dans mon corps : aux mains, aux pieds et au côté. Jésus m’envoie ces souffrances en réparation pour les pécheurs. Cela ne dure qu’un instant, mais la douleur est atroce. Je ne souffre pas plus de quelques minutes, mais j’en garde longtemps une très vive impression.

  • Aujourd’hui, je me sens si abandonnée dans mon âme que je ne peux pas me l’expliquer moi-même. J’aimerais me cacher au regard des hommes et pleurer sans fin. Personne ne peut comprendre un cœur blessé par l’amour et, quand il éprouve l’abandon intérieur, personne ne peut le consoler. Ô âmes des pécheurs, vous m’avez enlevé le Seigneur, mais c’est bien, c’est bien ainsi ; voyez comme le Seigneur est doux ! Que tout un océan d’amertume se reverse dans mon cœur : c’est à vous que j’ai donné toutes mes consolations divines.

  • Il y a des moments où je me méfie de moi-même et où je suis profondément convaincue de ma faiblesse et de ma misère. J’ai compris que, dans ces moments, je ne peux pas m’exercer qu’en ayant confiance en l’infinie miséricorde divine. La patience, la prière et le silence : voilà ce qui fortifie l’âme. Il y a des moments où l’âme doit se taire et où il ne convient pas qu’elle parle avec les créatures. Ce sont les moments où l’on est mécontent de soi, où l’âme se sent faible comme un enfant et se cramponne de toutes ses forces à Dieu. Dans ces moments-là, je vis uniquement de la foi et, quand je me sens fortifiée par la grâce de Dieu, j’ose davantage parler et être en relation avec mon prochain.

Le soir, le Seigneur m’a dit : « Repose-toi auprès de mon cœur, mon enfant ; je vois que tu as beaucoup travaillé dans ma vigne », et mon âme a été inondée de joie divine.

Le 12 février .

Aujourd’hui, la présence de Dieu me pénètre de part en part comme un rayon de soleil. Mon âme soupire tellement après Dieu que je défaille à chaque instant. Je sens que l’Amour éternel touche mon cœur. Ma petitesse n’est pas capable de le supporter et cela me fait défaillir. Mais la force intérieure est grande. L’âme veut égaler l’Amour dont elle est aimée. Dans ces moments-là, l’âme a une très profonde connaissance de Dieu, et plus elle le connaît, plus son amour pour lui est ardent et pur. Les mystères de l’âme et de Dieu sont inconcevables !

Mon âme est parfois plongée des heures entières dans la stupeur en voyant la Majesté infinie s’abaisser ainsi jusqu’à elle. Je ne cesse de m’étonner intérieurement de ce que le Seigneur Très-Haut ait une prédilection pour moi et me le dise lui-même. Et moi, je m’abîme encore plus profondément dans mon néant, parce que je sais bien ce que je suis par moi-même. Je dois cependant dire qu’en retour j’aime mon Créateur à la folie, avec chaque battement de mon cœur, avec chaque fibre de mon être. Sans qu’elle s’en rende compte, mon âme s’abîme… en lui. Je sens que rien ne me séparera du Seigneur, ni le ciel, ni la terre, ni le présent, ni l’avenir. Tout peut changer, mais jamais, jamais l’amour : il est toujours le même. lui, le Souverain éternel, me fait connaître sa volonté, afin que je l’aime de façon particulière, et il verse lui-même dans mon âme la capacité de l’aimer comme il veut que je l’aime. Je m’abîme en lui de plus en plus et je n’ai peur de rien. L’amour remplit tout mon cœur, et, même si l’on me disait que Dieu est juste, que même les esprits purs tremblent devant lui et se voilent la face, ne cessant de répéter : « Saint, Saint, Saint! »

et que par conséquent mon étroite intimité avec le Seigneur porte atteinte à sa gloire et sa majesté, je répondrais : non, non, et, encore une fois, non ! Tout est contenu dans le pur amour : la plus grande vénération et la plus profonde adoration. Mais l’âme se trouve dans la plus grande paix lorsqu’elle est plongée en Dieu par l’amour, et les paroles des créatures à l’extérieur n’ont aucune d’influence sur elle. Ce qu’elles lui disent de Dieu n’est qu’une ombre bien pâle en comparaison de ce qu’elle vit intérieurement avec lui et elle s’étonne parfois que les âmes s’émerveillent de ce que quelqu’un a dit au sujet de Dieu, car c’est son pain quotidien : elle sait, en effet, que ce qui est vraiment grand ne peut être exprimé par des mots. Elle accueille et elle écoute avec respect tout ce qu’on dit, mais elle a sa propre vie en Dieu.