Le 30 janvier 1937.
Retraite d’un jour.
Je découvre de plus en plus la grandeur de Dieu et je jouis de lui, je demeure constamment avec lui au fond de mon cœur. C’est dans ma propre âme qu’il m’est le plus facile de trouver Dieu.
Pendant la méditation, j’ai entendu ces paroles : « Ma fille, par ta patiente soumission à ma volonté, tu me rends la plus grande gloire et tu acquiers un très grand mérite que tu n’obtiendrais ni par les jeûnes, ni par aucune mortification. Sache, ma fille, que, quand tu soumets ta volonté à la mienne, tu t’attires ma complaisance. Ce sacrifice m’est agréable et plein de douceur. Je me complais en lui, il a de la puissance. »
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Examen de conscience : toujours la même chose, m’unir au Christ miséricordieux. Pratique : le silence intérieur, c’est-à-dire observer strictement le silence.
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Dans les moments difficiles, je regarderai le doux cœur de Jésus cloué sur la croix, et les flammes qui jaillissent de son cœur miséricordieux répandront sur moi la vigueur et la force de combattre.
Chose étrange, nous sommes en plein hiver et pourtant un canari vient chanter un moment à ma fenêtre. Son chant est ravissant. Un jour, j’ai voulu m’assurer qu’il ne venait pas d’une cage près d’ici…, mais non, il n’y en a nulle part, pas même dans le second service de l’hôpital. Une des malades l’a entendu, elle aussi, mais une fois seulement, et elle s’est étonnée qu’un canari chante par ce temps glacial.
- Ô Jésus, comme je plains les pauvres pécheurs ! Jésus, accorde-leur la contrition et le repentir, souviens-toi de ta douloureuse Passion ! Je connais ton infinie miséricorde, je ne peux supporter qu’une âme qui t’a tant coûté se perde. Jésus, donne-moi des âmes de pécheurs ! Que ta miséricorde repose en elles ! Prends-moi tout, mais donne-moi des âmes ! Je veux devenir une hostie expiatoire pour les pécheurs. Que l’enveloppe de mon corps soit mon sacrifice, puisque ton cœur sacré aussi est caché dans l’hostie, et que pourtant tu es une offrande vivante.
Ô Jésus, transforme-moi en toi, afin que je sois une offrande vivante et agréable à tes yeux. Je veux être à chaque instant réparation pour les pauvres pécheurs. L’offrande de mon esprit se cache sous l’enveloppe de mon corps, le regard humain ne l’atteint pas. C’est pourquoi elle est pure et agréable à tes yeux. Ô mon Créateur et Père de grande miséricorde, j’ai confiance en toi, parce que tu es la bonté même. Âmes, n’ayez pas peur de Dieu, mais ayez confiance en lui, car il est bon et éternelle est sa miséricorde !
- Nous nous connaissons mutuellement, le Seigneur et moi, dans la demeure de mon cœur. Oui, maintenant, c’est moi qui te reçois comme hôte dans la petite maison de mon cœur, mais le moment approche où tu m’appelleras dans ta demeure, celle que tu m’as préparée dès la création du monde. Ah ! que suis-je comparée à toi, Seigneur !
Le Seigneur me conduit dans un monde qui m’est inconnu, il me fait connaître son immense grâce, mais moi, j’en ai peur, et, si je le peux, je ne me soumettrai pas à son influence tant que je ne me serai pas assurée auprès de mon directeur spirituel de quelle grâce il s’agit.
À un moment, la présence de Dieu a pénétré tout mon être et mon esprit a été étrangement éclairé dans la connaissance de son Essence. [Dieu] m’a permis de connaître sa vie intérieure. J’ai vu en esprit les Trois Personnes Divines, mais leur Essence est une. Il est seul, un et unique, mais en trois Personnes. Aucune d’elles n’est plus petite ou plus grande ; il n’y a pas en elles de différence ni dans la beauté ni dans la sainteté, parce qu’elles sont Un. Elles sont Un, elles sont absolument Un. Son amour m’a emportée dans cette connaissance et m’a unie à lui. Lorsque j’étais unie à une Personne Divine, j’étais également unie à la deuxième et à la troisième, parce que, quand nous nous unissons à une Personne Divine, nous nous unissons par là-même également aux deux autres Personnes. Leur volonté est une, Dieu est Un, bien que Trine. Lorsque l’une des Trois Personnes se donne à l’âme, par la puissance de cette Volonté unique, l’âme est unie aux Trois Personnes et elle est inondée de la félicité qui provient de la Sainte Trinité. Cette félicité est la nourriture des saints. La félicité qui jaillit de la Sainte Trinité rend heureux tout ce qui est créé; la vie jaillit, qui vivifie et donne toute vie, et prend sa source en lui. Dans ces moments, mon âme a goûté de si grandes délices divines qu’il m’est difficile de les décrire.
J’ai alors entendu des paroles ainsi formulées : « Je veux te prendre pour épouse. » La crainte a envahi mon âme, mais j’ai réfléchi sans me troubler à ce que pourraient être ces fiançailles, et, à chaque fois, mon âme est saisie de crainte, mais une force supérieure y maintient le calme. J’ai bien fait mes vœux perpétuels et je les ai prononcés avec sincérité et une volonté pleine et entière. Et je ne cesse de réfléchir à ce que cela peut signifier. Je sens et je devine qu’il s’agit d’une grâce exceptionnelle. Lorsque je la médite, je défaille du désir de Dieu, mais, dans cette défaillance, mon esprit reste clair et pénétré de lumière. Lorsque je suis unie à lui , je défaille par excès de bonheur, mais mon esprit est clair et pur, sans aucun mélange. Tu abaisses ta majesté afin d’entrer en relation avec une pauvre créature. Je te remercie, Seigneur, pour cette grande grâce qui me rend capable d’être en relation avec toi. Jésus, ton nom est un délice pour moi ! Je pressens de loin mon Bien-aimé et mon âme, remplie de nostalgie, repose dans son étreinte ; je ne sais pas vivre sans lui ; je préfère les tourments et les souffrances avec lui, plutôt que les plus grandes délices du ciel sans lui.