Le 8 janvier 1936. Je suis allée chez l’archevêque Mgr Romuald Jałbrzykowski. pour lui dire que Jésus exige de moi que je prie en implorant la miséricorde divine pour le monde et qu’il y ait une congrégation dont la mission serait d’implorer la miséricorde pour le monde entier. Quand je lui ai demandé la permission de faire tout ce que Jésus exige de moi, l’archevêque a répondu : « Pour ce qui est de la prière, je vous autorise, et même je vous encourage, à prier le plus possible pour le monde et d’implorer pour lui la miséricorde divine, parce que nous avons tous besoin de miséricorde ; votre confesseur ne vous interdit certainement pas de prier à cette intention. Pour ce qui est de cette congrégation, en revanche, vous devez attendre un peu que tout cela se présente plus favorablement. La chose viendra en elle-même, mais il ne faut pas se précipiter ; si c’est la volonté de Dieu, cela se fera tôt ou tard. Pourquoi pas ? Il y a déjà tant de congrégations différentes. Alors, si Dieu l’exige, celle-ci existera aussi. Soyez tout à fait tranquille, le Seigneur Jésus peut tout. Efforcez-vous de vous unir étroitement à Dieu et ayez bon espoir. » Ces paroles m’ont remplie d’une grande joie.

Quand je suis sortie de chez l’archevêque, j’ai entendu dans mon âme ces paroles : « Afin d’affermir ton esprit, je parle par la bouche de ceux qui tiennent ma place, conformément à ce que j’exige de toi. Sache pourtant qu’il n’en sera pas toujours ainsi : ils s’opposeront à toi dans beaucoup de choses, et c’est justement par cela que ma grâce se manifestera en toi et que l’on verra que cette affaire est la mienne. Quant à toi, ne crains rien, je suis toujours avec toi. Qu’elles le sachent ou non, qu’elles le veuillent ou non, sache-le encore, ma fille, toutes les créatures accomplissent toujours ma volonté. »

Un jour, j’ai vu Jésus en grande majesté. Il m’a dit ces paroles : « Ma fille, si tu le veux, je créerai à l’instant un monde nouveau, plus beau que celui-ci, et tu y vivras le reste de tes jours. » J’ai répondu : « Je ne veux pas d’autres mondes. C’est toi que je veux, Jésus, je veux t’aimer du même amour que celui dont tu m’aimes. Je te supplie de m’accorder une seule chose : rends mon cœur capable de t’aimer. Je suis très étonnée, Jésus, que tu m’aies posé cette question, car, que ferais-je de tous ces mondes ; et même si tu m’en donnais mille, qu’en ferais-je ? Tu sais bien, Jésus, que mon cœur se meurt de la nostalgie de toi : tout ce qui n’est pas toi n’est rien pour moi. » À cet instant, je n’ai plus rien vu, mais une puissance s’est emparée de mon âme, un feu étrange a enflammé mon cœur, je suis entrée dans une sorte d’agonie pour lui, et j’ai alors entendu ces paroles: « Avec aucune autre âme je ne m’unis aussi étroitement qu’avec toi, et cela en raison de ta profonde humilité et de l’ardent amour que tu as pour moi. »

Une autre fois, j’ai entendu dans mon âme ces paroles : « Chaque battement de ton cœur m’est précieux. Sache, ma fille, qu’un seul de tes regards tourné vers quelqu’un d’autre me blesserait plus qu’un grand nombre de péchés commis par une autre âme. »

L’amour chasse la crainte de l’âme. Depuis que j’ai commencé à aimer Dieu de tout mon être, de toutes les forces de mon cœur, ma crainte a disparu et, quoi que l’on me dise à propos de sa justice, je n’ai pas du tout peur de lui, car je le connais bien. Dieu est Amour et son Esprit est paix. Je vois maintenant que les actions que j’ai accomplies par amour sont plus parfaites que celles que j’ai accomplies par peur. J’ai mis ma confiance en Dieu et je ne crains rien. Je me suis abandonnée à sa sainte volonté : qu’il fasse de moi ce qu’il veut, et moi, je l’aimerai de toute façon.

Quand je reçois la sainte Communion, j’implore et je supplie le Sauveur de guérir ma langue, afin que je ne déroge jamais à l’amour du prochain.

Jésus, tu sais avec quelle ardeur je désire me cacher pour que personne ne me connaisse, sauf ton cœur si doux. Je désire être une minuscule violette cachée dans l’herbe, inconnue, dans un superbe jardin clos où il y a des roses magnifiques et des lys. Une rose et un lys somptueux se voient de loin, mais pour voir une petite violette, il faut se baisser, car seul son parfum la trahit. Ah ! je suis tellement heureuse de pouvoir me cacher ainsi. Ô mon divin Époux, la fleur de mon cœur et le parfum de mon pur amour sont pour toi. Mon âme est abîmée en toi, Dieu éternel, depuis le moment où tu m’as toi-même attirée vers toi. Ô mon Jésus, plus je te connais, plus ardemment je te désire.

J’ai découvert dans le cœur de Jésus que, pour les âmes choisies, il y a dans le ciel même un ciel auquel elles seules ont accès. Le bonheur dans lequel l’âme sera plongée n’est pas concevable. Ô mon Dieu, que ne puis-je le décrire, même en partie ! Les âmes sont pénétrées de sa divinité. Elles vont de clarté en clarté, c’est la même lumière, mais elle n’est jamais monotone ; elle est toujours nouvelle, mais ne change jamais. Ô Sainte Trinité, fais-Toi connaître des âmes !

Ô mon Jésus, il n’y a rien de meilleur pour l’âme que les humiliations. C’est dans le mépris que se trouve le secret du bonheur. Quand l’âme découvre qu’elle n’est par ellemême que néant et misère, que tout ce qu’elle a de bon en elle est exclusivement un don de Dieu, que tout lui est donné gratuitement et que, seule, sa misère lui appartient en propre, cela la maintient dans une attitude d’humilité ininterrompue devant la majesté de Dieu. Et quand Dieu la voit dans une telle disposition d’esprit, il la poursuit de ses grâces. Quand l’âme s’enfonce dans le gouffre de sa misère, Dieu fait usage de sa toute-puissance pour l’élever. S’il y a sur terre une âme vraiment heureuse, ce ne peut être qu’une âme vraiment humble. Au début, son amour-propre souffre beaucoup, mais, après qu’elle a vaillamment combattu, Dieu lui accorde beaucoup de lumière pour comprendre combien tout est misère et illusion. Dieu seul demeure dans son cœur. L’âme humble ne se fie pas à elle-même, elle met sa confiance en Dieu. Dieu défend l’âme humble et pénètre lui-même dans ses affaires. Cette âme demeure alors dans une félicité extrême, que personne ne peut concevoir.

Un soir, une sœur défunte m’est apparue. Elle était déjà venue me voir plusieurs fois. La première fois, je l’avais vue dans un état de grande souffrance, puis j’ai vu que ses souffrances diminuaient progressivement, et, ce soir-là, elle rayonnait de bonheur. Elle m’a annoncé dit qu’elle était déjà au ciel ; elle m’a dit aussi que Dieu avait éprouvé cette maison par ces ennuis parce que la mère générale s’était montrée incrédule et avait douté de ce que je lui avais dit à propos de cette âme. Pour montrer qu’elle venait seulement de rejoindre le ciel, Dieu allait maintenant bénir cette maison. Puis elle s’est approchée de moi, m’a serrée contre elle avec beaucoup d’affection et m’a dit : « Il faut que je parte. » J’ai compris à quel point l’union est étroite entre les âmes de la terre, du purgatoire et du ciel, de ces trois étapes de la vie de l’âme.

J’ai remarqué à de nombreuses reprises que Dieu éprouve certaines personnes au sujet de ce qu’il me dit, parce que leur méfiance lui déplaît. Un jour, lorsque j’ai vu que Dieu éprouvait un certain archevêque parce qu’il était mal disposé et méfiant concernant cette affaire On peut supposer qu'il s'agit ici de Mgr Romuald Jałbrzykowski et de sa réserve envers le projet de sœur Faustine de fonder une nouvelle congrégation. …, cet archevêque m’a fait pitié ; j’ai prié Dieu pour lui et le Seigneur l’a soulagé. Dieu n’aime pas qu’on se méfie de lui et c’est pourquoi certaines âmes perdent beaucoup de grâces. La méfiance de l’âme blesse son cœur très doux, rempli de bonté et d’un inconcevable amour pour nous. En ce qui concerne la méfiance, il y a une grande différence entre les devoirs d’un prêtre et ses facultés humaines. Parfois, le prêtre doit éprouver des doutes, mais seulement s’il veut mieux se convaincre de l’authenticité des dons ou des grâces d’une âme et, s’il le fait, pour mieux diriger l’âme et l’inciter à s’unir plus étroitement à Dieu. Sa récompense sera immense et inconcevable. En revanche, s’il éprouve du dédain et de l’incrédulité en ce qui concerne les grâces de Dieu dans une âme, parce que son intelligence n’est capable ni de les examiner attentivement, ni de les comprendre, cela déplaît au Seigneur. Je plains beaucoup les âmes qui rencontrent des prêtres sans expérience.

Un jour, un prêtre Il s'agit probablement de l'abbé Michał Sopoćko. Dans ses Souvenirs de sœur Faustine, il écrit : « Mes difficultés ont atteint leur point culminant en janvier 1936. Je n'en avais parlé à personne, sauf le jour critique, quand j'ai demandé à sœur Faustine de prier pour moi. À mon immense surprise, toutes mes difficultés ont disparu le jour même comme une bulle de savon. Sœur Faustine m'a dit qu'elle avait pris mes souffrances sur elle et qu'elle les avait ressenties ce jour-là comme jamais auparavant. » m’a demandé de prier à son intention ; je le lui ai promis et je lui ai demandé une mortification.

Quand j’ai obtenu l’autorisation de faire une certaine mortification, j’ai ressenti dans mon âme un grand désir de renoncer ce jour-là au profit de ce prêtre à toutes les grâces que la bonté divine m’accordait et j’ai demandé au Seigneur Jésus de daigner me donner toutes les souffrances et tous les tourments intérieurs et extérieurs que ce prêtre devait éprouver pendant cette journée. Dieu a, en partie, exaucé mon désir, et aussitôt toutes sortes d’obstacles et de difficultés venant d’on ne sait où, ont commencé à surgir, au point qu’une sœur a dit à haute voix : « Si tout le monde tourmente sœur Faustine, c’est que Jésus y est pour quelque chose. » Et les faits qui m’étaient reprochés étaient à ce point dénués de fondement que certaines sœurs niaient ce que d’autres affirmaient, tandis que je continuais à m’offrir en silence pour ce prêtre. Et ce n’est pas tout : j’ai également éprouvé des souffrances intérieures : j’ai d’abord été saisie de découragement et d’une aversion envers les sœurs, puis j’ai été tourmentée par une incertitude . J’étais incapable de me recueillir pour prier et diverses choses ont commencé à occuper mon esprit. Lorsque, fatiguée, je suis entrée dans la chapelle, une douleur étrange a étreint mon âme et j’ai commencé à pleurer en silence. J’ai alors entendu dans mon âme cette voix : « Ma fille, pourquoi pleures-tu ? Tu t’es offerte toi-même à subir ces souffrances. Sache que ce n’est qu’une petite partie de ce que tu as accepté pour cette âme. Il souffre bien plus encore. » J’ai demandé au Seigneur : « Pourquoi agis-tu ainsi envers ce prêtre ? » Le Seigneur m’a répondu que c’était à cause de

la triple couronne qui lui était destinée : celle de la virginité, celle du sacerdoce et celle du martyre. Au même instant, une immense joie a inondé mon âme à cause de la grande gloire que ce prêtre connaîtrait au ciel. J’ai immédiatement dit un Te Deum Te Deum laudamus : « Dieu, nous te louons » : hymne d'action de grâces chanté dans les églises. pour remercier Dieu de la grâce particulière d’avoir pu apprendre que Dieu agit ainsi avec ceux qu’il aura auprès de lui. Ainsi donc, toutes ces souffrances ne sont rien en comparaison de ce qui nous attend au ciel.

Un jour, après la sainte messe, j’ai soudain vu mon confesseur L'abbé Michał Sopoćko. célébrer la sainte messe à l’église Saint Michel, devant le tableau de la Mère de Dieu. C’était le moment de l’offertoire, et j’ai vu le petit Enfant Jésus se presser contre lui comme s’il fuyait quelque chose et cherchait refuge auprès de lui. Toutefois, lorsque le moment de la sainte Communion est venu, l’Enfant a disparu, comme toujours. J’ai vu la Très Sainte Mère de Dieu le couvrir de son manteau et lui dire : « Courage, mon fils, courage ! » Elle a dit d’autres choses encore, mais je ne les ai pas entendues.

Je désire ardemment que chaque âme proclame ta miséricorde. Heureuse l’âme qui invoque la miséricorde du Seigneur, car elle expérimentera ce que le Seigneur a dit : qu’il la défendrait comme sa propre gloire. Et qui oserait lutter contre Dieu ? Que toute âme glorifie la miséricorde du Seigneur , durant toute sa vie et surtout à l’heure de la mort, en mettant sa confiance dans sa miséricorde. Et ne crains rien, chère âme, qui que tu sois : plus grand est le pécheur, plus il a droit à ta miséricorde, Seigneur. Ô bonté insondable, Dieu s’abaisse le premier jusqu’au pécheur ! Ô Jésus, je désire glorifier ta miséricorde pour des milliers d’âmes ! Je sais bien, ô mon Jésus, que je dois parler aux âmes de ta bonté, de ton inconcevable miséricorde.

Un jour, une personne m’a demandé de prier pour elle et, quand j’ai vu le Seigneur, je lui ai dit : « Jésus, j’aime particulièrement les âmes que toi, tu aimes. » Jésus m’a répondu : « Et moi, j’accorde des grâces particulières aux âmes pour lesquelles tu intercèdes auprès de moi. »

Jésus me défend étrangement, c’est vraiment une très grande grâce de Dieu que je reçois depuis assez longtemps.

Un jour, une de nos sœurs Il s'agit probablement de sœur Weronika – Marcjanna Rapisz, née le 18 mars 1853. Elle était entrée dans la Congrégation le 16 décembre 1881. Durant toute sa vie religieuse, elle avait travaillé au jardin. Elle est décédée à Vilnius le 28 janvier1936. était mourante et toute la Congrégation « Toute la Congrégation » : ici : toutes les sœurs de la maison de Vilnius. s’est réunie autour d’elle. Le prêtre était également présent et il lui a donné l’absolution. Subitement, j’ai vu une multitude d’esprits des ténèbres. Aussitôt, oubliant que j’étais en compagnie des sœurs, j’ai saisi le goupillon, je les ai aspergés et ils ont immédiatement disparu. Cependant, quand les sœurs sont venues dans le réfectoire, la mère supérieure La supérieure de la maison de Vilnius était alors mère Borgia Tichy. m’a fait remarquer que je n’aurais pas dû asperger la malade en présence du prêtre, parce que c’est à lui qu’incombait ce devoir. J’ai reçu cette réprimande dans un esprit de pénitence, mais il n’en est pas moins vrai que l’eau bénite apporte un grand soulagement aux mourants.

Mon Jésus, tu vois comme je suis faible par moi-même. Aussi dirige toi-même toutes mes affaires. Sache, Jésus, que je n’oserai rien entreprendre sans toi, mais qu’avec toi je suis prête à affronter les choses les plus difficiles.