Le 22 novembre 1934.

  • Un jour, mon directeur spirituel L'abbé Michał Sopoćko. m’a demandé de bien réfléchir sur moi-même et de bien m’examiner pour voir si je n’avais pas d’attachement pour un objet, une créature ou moi-même, et aussi si je n’avais pas tendance à bavarder inutilement « car tout cela empêche Jésus d’agir librement dans votre âme. Dieu est jaloux de notre cœur et veut que nous n’aimions que lui » a-t-il dit.

Quand j’ai commencé à réfléchir profondément, je n’ai pas remarqué en moi d’attachement pour quoi que ce soit, mais là aussi, comme dans tout ce qui me concerne, je me redoute moi-même et je ne me fais pas confiance. Lassée de cet examen minutieux, je suis allée devant le Très Saint Sacrement et j’ai prié Jésus de toute la force de mon âme : « Jésus, mon Époux, Trésor de mon cœur, tu sais que je ne connais que toi et que je ne connais pas d’autre amour que celui que j’ai pour toi, mais, Jésus, si je devais m’attacher à quoi que ce soit qui n’est pas toi , je t’en prie et je t’en supplie, Jésus, par la force de ta miséricorde, fais-moi mourir aussitôt, parce que je préfère mille fois mourir que te manquer une seule fois de fidélité dans la plus petite chose. »

Et soudain, sans que je sache d’où il venait, Jésus s’est tenu devant moi, rayonnant d’une beauté qui n’est pas de ce monde, vêtu d’une tunique blanche, les mains levées, et il m’a dit : « Ma fille, ton cœur est mon repos, il est mon délice. Je trouve en lui tout ce qu’un si grand nombre d’âmes me refusent. Dis-le à celui qui tient ma place. » Et je n’ai plus rien vu, mais tout un océan de consolations a inondé mon âme.

Je comprends maintenant que rien ne peut faire obstacle à mon amour pour toi, Jésus, ni la souffrance, ni l’adversité, ni le feu, ni le glaive, ni la mort elle-même. Je me sens plus forte que tout. Rien n’est comparable à l’amour, si ce n’est que les plus petites choses, quand elles sont accomplies par une âme qui aime sincèrement Dieu, ont une valeur inouïe à ses yeux saints.

Le 11 mai 1934. Un matin, après que j’eus ouvert la porte pour faire entrer les gens « Nos gens » : les livreurs qui apportaient tous les jours le pain au couvent. qui nous livrent le pain, je suis allée un instant dans la petite chapelle, afin de rendre à Jésus une visite d’une minute et renouveler les intentions de prière du jour. « Me voici, Jésus, je t’offre aujourd’hui toutes mes souffrances, mes mortifications et mes prières à l’intention du Saint-Père, pour qu’il approuve la fête de la Miséricorde. Mais je voudrais encore te dire un mot, Jésus : cela m’étonne beaucoup que tu m’ordonnes de parler de la fête de la Miséricorde, car cette fête À Cracovie, rue Smoleńsk, se trouve la petite église de la Miséricorde Divine, construite dans les années 1626-1629 et consacrée le 25 octobre 1665. La fête patronale de cette église a lieu le 14 septembre, jour de l'Exaltation de la Sainte-Croix. Le 8 mai 1935, le Saint-Père a choisi le premier dimanche après la fête de la Sainte Trinité pour la fête de la Miséricorde Divine, joignant à cette fête l'indulgence plénière. , me dit-on, existe déjà.

Alors, pourquoi dois-je en parler ? » Et Jésus m’a répondu : « Qui la connaît ? – Personne ! Et souvent, même ceux qui doivent proclamer cette miséricorde et l’enseigner aux gens ne le savent pas eux-mêmes. C’est pourquoi je désire que ce tableau soit solennellement béni le premier dimanche après Pâques et qu’il soit vénéré publiquement, de manière que toutes les âmes puissent le connaître. Récite une neuvaine à l’intention du Saint-Père. Elle doit être composée de trente-trois invocations, ce qui veut dire que tu répéteras trente-trois fois la courte prière à la Miséricorde que je t’ai apprise. »

La souffrance est le plus grand trésor de la terre ; elle purifie l’âme. C’est dans la souffrance que nous apprenons qui est pour nous un véritable ami. L’amour véritable se mesure avec le thermomètre de la souffrance.

Jésus, je te remercie pour mes petites croix quotidiennes, pour les oppositions à mes projets, pour les difficultés de la vie commune, pour la mauvaise interprétation de mes intentions, pour les humiliations qu’on m’inflige, pour la rudesse avec laquelle on nous traite, pour les soupçons injustifiés, pour ma mauvaise santé et l’épuisement de mes forces, pour mon renoncement à ma propre volonté, pour l’anéantissement de moi-même, pour la désapprobation de tout ce que je fais, pour l’effondrement de tous mes projets. Je te remercie, Jésus, pour mes souffrances intérieures, pour mes sécheresses d’esprit, pour mes peurs, mes angoisses et mes incertitudes, pour l’obscurité et les épaisses ténèbres intérieures, pour mes tentations et mes diverses épreuves, pour les tourments qu’il m’est difficile d’exprimer, et particulièrement pour ceux où personne ne nous comprend, pour l’heure de ma mort, pour l’âpreté de cet ultime combat et toute son amertume. Je te remercie, Jésus, toi qui as bu cette coupe d’amertume avant de me la tendre, adoucie. Voilà que j’ai porté à mes lèvres le calice de ta sainte volonté. Qu’il advienne de moi ce qui te plaira, qu’il advienne de moi ce que ta sagesse a prévu avant les siècles. Je désire vider jusqu’à la dernière goutte la coupe de ce qui m’est destiné, je ne veux pas en sonder le but ; c’est dans l’amertume qu’est ma joie, et dans le désespoir qu’est ma confiance. En toi, Seigneur, tout est bon, et tout ce que donne ton cœur paternel est bon. Je ne préfère pas la consolation à l’amertume, ni l’amertume à la consolation, mais je te rends grâce pour tout, Jésus. C’est mon délice de te contempler, Dieu inconcevable. C’est dans ces réalités mystérieuses que demeure mon esprit, c’est là que je me sens chez moi. Je connais bien la demeure de mon Époux. Je sens qu’il n’y a pas en moi une seule goutte de sang qui ne se consume d’amour pour toi. Ô Splendeur incréée, qui t’a connu une fois ne pourra rien aimer d’autre. Je sens que mon âme est un abîme insondable et que rien ne le comblera, sinon Dieu seul. Je sens que je me perds en lui comme un petit grain de sable dans un océan sans fond.

Le 20 décembre 1934. Un soir, en entrant dans ma cellule, j’ai vu le Seigneur Jésus exposé dans l’ostensoir, en plein air. Aux pieds de Jésus, j’ai vu mon confesseur, et, derrière lui, un grand nombre de très hauts dignitaires de l’Église dont je n’avais jamais vu les habits, sauf en vision. Derrière eux, se tenaient divers membres du clergé ; plus loin, il y avait une multitude de gens, une foule si grande que je ne pouvais pas l’embrasser du regard. J’ai vu jaillir de l’Hostie les deux rayons qui sont sur le tableau. Ils se sont étroitement unis, mais sans se confondre, puis ils sont allés d’abord dans les mains de mon confesseur, puis dans les mains des autres prêtres, et de leurs mains, ils sont passés dans les mains de la foule pour revenir dans l’Hostie… et à ce moment-là, je me suis vue dans ma cellule comme au moment où j’y étais entrée.

Le 22 décembre 1934. Quand j’ai dû d’aller me confesser dans la semaine, je suis arrivée pendant que mon confesseur célébrait la sainte messe. Dans la troisième partie de la messe, j’ai aperçu l’Enfant Jésus : Il était un peu plus petit que d’habitude et il portait cette fois une cape violette, et non pas blanche comme jusqu’à présent.

Le 24 décembre 1934. Vigile de la Noël. Ce matin, pendant la sainte messe, j’ai senti que Dieu était tout près de moi et mon esprit s’est abîmé en lui sans que j’en aie conscience. Et soudain j’ai entendu ces paroles : « Tu m’es une demeure agréable en toi repose mon Esprit. » Après ces paroles j’ai senti le regard du Seigneur scruter le fond de mon cœur, et, voyant combien j’étais misérable, je me suis jetée en esprit aux pieds de Jésus. J’ai admiré l’immense miséricorde de Dieu, le fait que le Seigneur Très-Haut s’approche d’une telle misère. Durant la sainte Communion, la joie a inondé mon âme et j’ai senti que j’étais étroitement unie à la Divinité. Sa toute-puissance a absorbé tout mon être. Pendant toute la journée, j’ai senti d’une manière particulière la proximité de Dieu, et, bien que mes tâches ne m’aient pas permis d’aller un seul instant dans la chapelle, pas un moment je n’ai cessé d’être unie à Dieu : je le sentais en moi d’une manière plus sensible que jamais. Je ne cessais de saluer la Mère de Dieu et, pénétrant dans son esprit, je l’ai priée de m’apprendre le véritable amour de Dieu. Et j’ai entendu ces paroles : « Je partagerai avec toi le secret de mon bonheur ; cette nuit, pendant la sainte messe. »

Le dîner a été servi avant six heures. Malgré la joie et le bruit extérieur qui accompagnent le partage du pain sacré et l’échange des vœux, je n’ai pas perdu un instant la présence de Dieu. Après le dîner, nous nous sommes dépêchées de finir notre travail, si bien que, vers neuf heures, j’ai pu aller dans la chapelle pour l’adoration. J’avais reçu la permission de ne pas aller dormir, mais d’attendre la Messe de Minuit. J’étais extrêmement heureuse. De neuf heures à minuit, j’avais du temps libre. De neuf heures à dix heures, j’ai offert l’adoration à l’intention de mes parents et de toute ma famille ; de dix heures à onze heures, j’ai offert l’adoration à l’intention de mon directeur spirituel : j’ai d’abord remercié Dieu d’avoir bien voulu me donner, comme il me l’avait promis, cette immense aide visible sur la terre, et j’ai aussi prié Dieu de l’éclairer pour qu’il puisse connaître mon âme et me guider comme il plaît à Dieu. Ensuite, de onze heures à minuit, j’ai prié pour la sainte Église, pour le clergé, pour les pécheurs, pour nos maisons, pour nos maisons ; j’ai aussi expié mes indulgences pour les âmes du purgatoire.

Le 25 décembre 1934, minuit. Messe de Minuit. Depuis le début de la sainte messe, j’ai été plongée dans le recueillement intérieur, la joie a inondé mon âme. Pendant l’offertoire, j’ai vu Jésus Enfant sur l’autel, il était d’une incomparable beauté et ne cessait de regarder tout le monde en tendant ses petits bras. Pendant l’élévation, l’Enfant ne regardait plus la chapelle mais vers le ciel ; après l’élévation, il nous a regardées à nouveau, mais peu de temps, parce que, comme toujours, il a été rompu par le prêtre et consommé. Il portait à nouveau une cape blanche. Le lendemain, j’ai eu la même vision et le surlendemain également. Il m’est difficile d’exprimer la joie qui régnait dans mon âme. Cette vision s’est répétée durant les trois saintes messes exactement comme pendant la première.

[année] Premier jeudi après Noël. J’ai complètement oublié qu’aujourd’hui nous sommes jeudi et je n’ai pas fait l’adoration. Je suis allée au dortoir avec les sœurs à neuf heures. Étrangement, je n’arrivais pas à m’endormir. J’avais l’impression qu’il me restait encore quelque chose à faire. J’ai passé mes tâches en revue, mais je ne suis pas parvenue à me rappeler ce que j’avais oublié et cela a duré jusqu’à dix heures. À dix heures, j’ai vu le visage supplicié du Seigneur Jésus, et Jésus m’a dit ces paroles : « Je t’ai attendue pour partager mes souffrances, car qui les comprendra mieux que mon épouse ? » J’ai demandé pardon à Jésus pour ma froideur. Toute honteuse, sans oser regarder le Seigneur Jésus, mais le cœur contrit, je l’ai prié de daigner me donner une épine de sa couronne. Il m’a répondu qu’il m’accorderait cette grâce, mais le lendemain, et aussitôt la vision a disparu.

Ce matin, pendant ma méditation, j’ai ressenti la douleur d’une épine enfoncée sur le côté gauche de ma tête ; cette souffrance a duré toute la journée. Je n’ai cessé de me demander comment Jésus a pu supporter la douleur de tant d’épines qui formaient sa couronne. J’ai uni mes souffrances à celles de Jésus et je les ai offertes pour les pécheurs. À quatre heures, quand je suis venue à l’adoration, j’ai vu une de nos élèves qui offensait terriblement Dieu par des pensées impures. J’ai également vu la personne à cause de laquelle elle commettait ce péché. Mon âme a été saisie de crainte et j’ai prié Dieu, par les souffrances de Jésus, de daigner l’arracher à cette affreuse misère. Jésus m’a répondu qu’il lui accorderait cette grâce, non pour elle-même, mais à cause de ma prière. Maintenant, j’ai compris combien nous devrions prier pour les pécheurs, et en particulier pour nos élèves.

Notre vie est véritablement apostolique. Je ne peux pas m’imaginer une religieuse qui vivrait dans nos maisons, c’est-à-dire dans notre Congrégation, et qui n’aurait pas l’esprit apostolique. Nos cœurs devraient brûler de zèle pour le salut les âmes.

Ô mon Dieu, qu’il est doux de souffrir pour toi, de souffrir dans les replis les plus cachés de mon cœur, dans le plus grand secret, et de me consumer en holocauste dans la plus grande solitude, pure comme le cristal, sans aucune consolation ni compassion. Mon esprit brûle d’un amour agissant ; je ne perds pas mon temps en rêveries, mais je prends chaque instant séparément parce qu’il est en mon pouvoir ; le passé ne m’appartient pas, l’avenir n’est pas à moi, je m’efforce de toute mon âme de mettre à profit le temps présent.