1934 [année]

Un soir, je suis arrivée dans ma cellule tellement fatiguée que j’ai dû me reposer un peu avant de commencer à me déshabiller, et, quand j’étais déjà déshabillée, une sœur est venue me demander de lui apporter de l’eau chaude. Je me suis rhabillée en hâte malgré ma fatigue, et je lui ai apporté de l’eau chaude, comme elle le souhaitait, bien que la cuisine soit assez loin de la cellule et qu’il y eût de la boue jusqu’aux chevilles. Quand je suis revenue dans ma cellule, j’ai vu un ciboire qui renfermait le Très Saint Sacrement et j’ai entendu ces paroles : « Prends ce ciboire et va le remettre dans le tabernacle. » J’ai d’abord hésité, puis je me suis approchée du ciboire et lorsque je l’ai saisi, j’ai entendu ces paroles : « Approche-toi de chaque sœur avec le même amour que celui avec lequel tu t’approches de moi, et tout ce que tu fais pour elles, c’est à moi que tu le fais. » Au bout d’un instant, j’ai vu que j’étais seule.

  • Un jour, pendant une adoration à l’intention de notre Patrie, la douleur a étreint mon âme et je me suis mise à prier ainsi : « Jésus très miséricordieux, je t’en prie par l’intercession de tes saints et particulièrement de ta Mère bien-aimée qui t’a élevé depuis ton enfance. Je t’en supplie, bénis ma Patrie. Jésus, ne regarde pas nos péchés, mais vois les larmes des petits enfants, regarde la faim et le froid dont ils souffrent. Jésus, pour ces enfants innocents, accorde-moi la grâce que je te demande pour ma Patrie. » Et à cet instant, j’ai vu le Seigneur Jésus : Il avait les yeux pleins de larmes et il m’a dit : « Tu vois, ma fille, comme ils me font de la peine, mais sache que ce sont eux qui portent le monde. »

  • Mon Jésus, quand je regarde la vie des âmes, je m’aperçois que beaucoup d’entre elles te servent avec une certaine incrédulité. Et à certains moments, particulièrement quand elles ont la possibilité de témoigner leur amour à Dieu, je les vois s’enfuir du champ de bataille. Jésus m’a demandé à un moment : « Et toi aussi, mon enfant, tu veux agir ainsi ? » J’ai répondu au Seigneur : « Oh non, mon Jésus ! Je ne déserterai pas le champ de bataille, même si une sœur mortelle mouille mon front, et je ne lâcherai pas mon glaive jusqu’à ce que je repose aux pieds de la Sainte Trinité. Quoi que je fasse, je ne compte pas sur mes propres forces, mais sur la grâce de Dieu. Avec la grâce de Dieu, l’âme peut triompher des pires difficultés. »

  • Un jour, j’ai longuement parlé avec Jésus de nos élèves et, enhardie par sa bonté, je lui ai demandé s’il y avait parmi nos élèves des âmes qui seraient une consolation pour son cœur. Le Seigneur m’a répondu qu’il y en avait – « mais leur amour est faible, c’est pourquoi je les mets sous ta protection particulière : prie pour elles. »

Ô grand Dieu, j’admire ta bonté. Tu es le Seigneur des légions célestes et tu t’abaisses jusqu’à une misérable créature. Ah ! comme je désire t’aimer ardemment à chaque battement de mon cœur ! La surface de la terre ne me suffit pas, le ciel est trop petit et l’espace n’est rien. Toi seul me suffis, Dieu éternel ! Toi seul peux combler la profondeur de mon âme.

Mes moments de plus grand bonheur sont ceux où je reste seul à seul avec mon Seigneur. Pendant ces instants, je découvre la grandeur de Dieu et ma propre misère.

À un certain moment, Jésus m’a dit : « Ne t’étonne pas si tu es parfois injustement soupçonnée. C’est moi qui, par amour pour toi, ai bu le premier ce calice de souffrances injustes. »

Un jour où je réfléchissais à l’éternité et ses mystères, mon âme a commencé à se troubler et, comme j’ai prolongé un peu ma méditation, toutes sortes d’incertitudes se sont mises à me tourmenter. Alors Jésus m’a dit : « Mon enfant, ne crains pas la maison de ton Père. Laisse les vaines recherches aux sages de ce monde, je veux te voir toujours comme un petit enfant. Demande tout avec simplicité à ton confesseur et moi je te répondrai par sa bouche. »

Un jour, j’ai fait la connaissance d’une personne qui avait l’intention de commettre un péché grave. J’ai donc prié le Seigneur de permettre que je souffre les pires tourments afin que cette âme soit sauvée. Et soudain, j’ai ressenti la douleur effroyable d’une couronne d’épines enfoncée sur ma tête. Cela a duré assez longtemps, mais cette âme a conservé la grâce de Dieu. Ô mon Jésus, comme il est facile de se sanctifier ! Il faut seulement un petit peu de bonne volonté. Et si Jésus aperçoit dans l’âme ce petit peu de bonne volonté, il se hâte de se donner à elle et rien ne peut l’arrêter, ni les fautes, ni les chutes, absolument rien. Jésus est pressé d’aider cette âme, et si l’âme est fidèle à la grâce divine, elle peut parvenir en très peu de temps au plus haut degré de sainteté qu’une créature puisse atteindre ici-bas. Dieu est très généreux et ne refuse sa grâce à personne : Il donne plus que nous ne demandons. La fidélité aux inspirations du Saint-Esprit, voilà le chemin le plus court.

  • Quand une âme aime Dieu sincèrement, elle ne doit rien redouter dans sa vie spirituelle. Qu’elle s’abandonne à l’influence de la grâce et qu’elle ne fixe pas de limites à son union avec le Seigneur.

  • Quand Jésus m’a ravie par sa beauté et m’a attirée à lui, j’ai vu ce qui lui déplaisait dans mon âme et j’ai décidé de l’éliminer à tout prix. Je l’ai fait aussitôt avec l’aide de sa grâce. Cette générosité a plu au Seigneur, et depuis lors, Dieu a commencé à m’accorder des grâces supérieures. Je ne raisonne pas dans ma vie intérieure, je n’analyse rien, je ne me demande pas par quels chemins l’Esprit de Dieu me conduit, il me suffit de savoir que je suis aimée et que j’aime. L’amour pur me fait connaître Dieu et comprendre beaucoup de mystères. Le confesseur est pour moi un oracle, sa parole est sainte à mes yeux. Je parle ici de mon directeur Le directeur spirituel de sœur Faustine, c'est-à-dire l'abbé Michał Sopoćko. .

  • Un jour, le Seigneur m’a dit : « Agis comme un mendiant qui, quand on lui donne une aumône plus importante, ne la refuse pas, mais remercie bien plutôt avec chaleur ; ainsi, lorsque je t’accorde de plus grandes grâces, ne les refuse pas en disant que tu n’en es pas digne. Je sais cela, mais réjouis-toi plutôt, exulte et prends dans mon cœur autant de trésors que tu peux en porter, parce que tu me plais davantage ainsi. Et je vais te dire encore une chose : ne prends pas ces grâces seulement pour toi, mais aussi pour ton prochain : incite les âmes que tu rencontres à avoir confiance en mon infinie miséricorde. Ah ! que j’aime les âmes qui me font entièrement confiance ! Je ferai tout pour elles. »

  • À ce moment, Jésus m’a demandé : « Mon enfant, comment se passe ta retraite ? » – J’ai répondu : « Jésus, tu sais bien comment elle se passe. » – « Oui, je le sais, mais je veux l’entendre de ta bouche et de ton cœur. » – « Ô mon Maître, quand tu me conduis, tout m’est facile, et je t’en prie, Seigneur, ne m’abandonne jamais. » Jésus m’a dit : « Oui, je serai toujours près de toi si tu restes toujours un petit enfant, et ne crains rien : de même que j’ai été ici ton commencement, de même je serai ta fin. Ne compte pas sur les créatures, même dans les plus petites choses, car cela me déplaît. Je veux être seul dans ton âme. J’affermirai ton âme et je t’éclairerai, et tu sauras, par la bouche de celui qui tient ma place, que je suis en toi, et ton inquiétude se dissipera comme la brume sous les rayons du soleil. »

  • Ô Bien suprême, je désire t’aimer comme personne sur la terre ne t’a jamais aimé. Je désire t’adorer à chaque moment de ma vie et unir étroitement ma volonté à ta sainte volonté. Ma vie n’est ni grise, ni monotone, mais aussi variée qu’un jardin agrémenté de fleurs odorantes, si bien que je ne sais pas quelle fleur cueillir en premier : le lys de la souffrance, la rose de l’amour du prochain ou encore la violette de l’humilité. Je n’énumérerai pas les trésors que j’ai en abondance pour chaque jour. C’est une grande chose que de savoir tirer profit du moment présent.

  • Jésus, Lumière suprême, donne-moi de te connaître, pénètre de ta lumière mon âme obscurcie, et remplis de toi l’abîme de mon âme, parce que toi seul […].

Ô mon Jésus, Vie, Chemin et Vérité, je t’en prie, garde-moi auprès de toi comme une mère garde son petit enfant contre son sein, parce que je ne suis pas seulement un faible enfant, mais aussi un amoncellement de néant et de misère.