- À un moment, j’ai vu une multitude de gens dans notre chapelle, devant notre chapelle et aussi dans la rue, parce qu’il n’y avait pas assez de place pour tout le monde D'après la description qui suit, on constate qu'il s'agit de la chapelle de la maison de la Congrégation à Varsovie, rue Żytnia. La chapelle se trouvait dans un bâtiment séparé, peu éloigné de la maison des sœurs. On y accédait par la cour. À l'époque, la chapelle était destinée exclusivement aux sœurs et aux élèves ; les laïcs n'y entraient presque jamais. . La chapelle était décorée comme pour un jour de fête. Autour de l’autel, il y avait beaucoup de prêtres, puis nos sœurs et des religieuses de nombreuses autres Congrégations. Tous attendaient une personne qui devait prendre place sur l’autel. Soudain j’ai entendu une voix me dire que c’était moi qui devais prendre place sur l’autel. Cependant, dès que j’eus quitté le couloir pour traverser la cour et me rendre dans la chapelle en suivant la voix qui m’appelait, tous les gens se sont mis à me jeter tout ce qu’ils pouvaient : de la boue, des pierres, du sable, des balais. J’ai d’abord hésité à avancer, mais la voix qui m’appelait était de plus en plus pressante et j’ai repris courageusement mon chemin. Quand j’ai franchi le seuil de la chapelle, les supérieures, les sœurs, les élèves « Les élèves » : la Congrégation dirigeait des maisons d'éducation pour des jeunes filles négligées sur le plan moral et d'un caractère difficile. On les appelait couramment « les élèves » ou « les enfants. » Elles étaient réparties en groupes ou classes, dont s'occupaient les sœurs éducatrices, nommées « mères de classe. » et même mes parents se sont mis à me lancer ce qu’ils avaient sous la main, si bien que, bon gré mal gré, j’ai dû me dépêcher d’occuper la place qui m’était destinée sur l’autel. Pourtant, dès que j’eus occupé cette place, cette même foule, les élèves, les sœurs, les supérieures, mes parents, tous ont commencé à tendre les mains et à me demander des grâces. Et moi, je ne leur en voulais pas de m’avoir lancé tous ces objets, et même, étrangement, j’éprouvais un amour particulier justement pour les gens qui m’avaient obligée à prendre plus rapidement la place qui m’était destinée. À cet instant, un bonheur ineffable a inondé mon âme et j’ai entendu ces mots : « Fais ce que tu veux, distribue des grâces comme tu veux, à qui tu veux et quand tu veux. » Et aussitôt la vision a disparu.
À un moment, j’ai entendu ces paroles : « Va chez la mère supérieure et demande-lui la permission de faire une heure d’adoration tous les jours durant neuf jours. Pendant l’adoration, efforce-toi d’unir ta prière à celle de ma Mère. Prie de tout ton cœur en union avec Marie et tâche également de faire pendant ce temps le chemin de croix. » J’ai obtenu cette autorisation, non pas pour une heure, mais pour le temps qui me resterait quand j’aurais fini mes tâches.
Je devais réciter cette neuvaine à l’intention de notre Patrie. Le septième jour de la neuvaine, j’ai vu la Sainte Mère de Dieu entre ciel et terre. Elle portait une robe claire et elle priait, les mains jointes sur la poitrine, le regard levé vers le ciel, et de son cœur sortaient des rayons de feu : les uns se dirigeaient vers le ciel, les autres recouvraient notre terre.
Lorsque j’ai parlé de certaines de ces choses à mon confesseur À cette époque, les confesseurs de la maison de Varsovie, rue Żytnia, étaient : l'abbé Bronisław Kulesza et l'abbé Franciszek Rosłaniec, confesseurs ordinaires, et le père Alojzy Bukowski s.j., confesseur extraordinaire. , il m’a dit qu’elles pouvaient effectivement venir de Dieu, mais qu’elles pouvaient aussi être une illusion. Comme je changeais souvent de maison, je n’avais pas de confesseur permanent, et, de plus, j’éprouvais beaucoup de difficultés à exprimer ces choses. J’ai ardemment prié Dieu de m’accorder la grande grâce d’avoir un directeur spirituel, mais je n’ai obtenu cette grâce qu’après mes vœux perpétuels, quand je suis venue à Vilnius. Il s’agit de l’abbé Sopoćko L'abbé Michał Sopoćko (cf. Notes finales). . Dieu me l’avait fait connaître intérieurement avant mon arrivée à Vilnius Avant d'arriver à Vilnius, sœur Faustine a vu deux fois intérieurement son futur directeur spirituel : la première fois à Varsovie, lors de sa troisième probation, la deuxième fois à Cracovie. .
Ah ! si dès le début j’avais pu avoir un directeur spirituel, je n’aurais pas gaspillé tant de grâces divines ! Un confesseur peut être une grande aide pour une âme, mais il peut aussi lui causer beaucoup de dommages. Ah ! comme les confesseurs devraient être attentifs à l’action de la grâce de Dieu dans les âmes de leurs pénitents ! C’est une chose extrêmement importante. C’est par les grâces qu’une âme reçoit que l’on peut connaître son degré d’intimité avec Dieu.
À un moment, j’ai été appelée au jugement de Dieu. J’ai comparu devant le Seigneur seul à seul. J’ai vu Jésus tel qu’il était pendant sa Passion. Au bout de quelques instants, ses plaies ont disparu et il n’en est resté que cinq : aux mains, aux pieds et au côté. Aussitôt, j’ai vu l’état de mon âme telle que Dieu la voit. J’ai vu clairement tout ce qui déplaisait à Dieu. Je ne savais pas qu’il fallait rendre compte à Dieu même de si petites choses. Quel moment ! Qui le décrira, le moment où l’on se présente devant le Dieu trois fois Saint ? Jésus m’a demandé : « Qui es-tu ? » J’ai répondu : « Je suis ta servante, Seigneur. » Il m’a dit : « Tu es redevable d’un jour de purgatoire. » Je voulais me jeter immédiatement dans les flammes du purgatoire, mais Jésus m’a retenue et m’a demandé: « Que préfères-tu : souffrir un jour maintenant, ou bien un temps assez court sur la terre ? » J’ai répondu : « Jésus, je veux souffrir dans le purgatoire et je veux souffrir sur la terre les plus grands tourments, et cela même jusqu’à la fin du monde. » Jésus a dit : « **Une chose suffit. Tu descendras sur la terre et tu souffriras beaucoup, mais peu de temps ; tu accompliras ma volonté et mes désirs, et l’un de mes fidèles serviteurs te viendra en aide. Maintenant, pose ta tête sur ma poitrine, sur mon cœur, et puise là des forces et de la vigueur pour toutes tes souffrances, parce que tu ne trouveras pas ailleurs de soulagement, d’aide ou de consolation. Sache que tu devras beaucoup, beaucoup souffrir, mais que cela ne t’effraie pas. Je suis avec toi. »
Peu après, je suis tombée malade Sœur Faustine n'était pas encore atteinte de la tuberculose pulmonaire qui, plus tard, a ravagé son organisme. Elle était seulement épuisée et très affaiblie. . Mes maux physiques ont été pour moi une vraie école de patience. Jésus seul sait combien d’efforts de volonté il m’a fallu pour accomplir mes tâches Sœur Faustine travaillait alors à la cuisine des élèves où il fallait préparer des repas pour plus de deux cents personnes. .
Quand Jésus veut purifier l’âme, il emploie les instruments qu’il veut. Mon âme est totalement abandonnée par les créatures. Parfois, la plus pure de mes intentions est mal interprétée par les sœurs Comme les médecins n'avaient pas constaté chez sœur Faustine de troubles organiques, les autres sœurs pensaient qu'elle faisait semblant d'être malade parce que, croyaient-elles, elle n'avait pas envie de travailler, préférant prier. . Cette souffrance est très grande, mais Dieu la permet et il faut l’accepter, parce que, grâce à elle, nous devenons semblables à Jésus. Il y a une chose que j’ai mis longtemps à comprendre, c’est que Jésus m’ordonnait de tout dire à mes supérieures, alors qu’elles ne me croyaient pas toujours, mais s’apitoyaient sur moi, convaincues que je vivais dans l’illusion ou que j’étais la proie de mon imagination. Pensant que j’étais victime d’illusions, j’ai décidé d’éviter Dieu intérieurement, mais la grâce de Dieu me poursuivait à chaque pas. Et dans les moments où je m’y attendais le moins, Dieu me parlait.