Après mes vœux perpétuels, je suis restée à Cracovie pendant tout le mois de mai parce que je ne savais pas si je partirais pour Rabka ou pour Vilnius Vilnius, en polonais Wilno, et sa région appartenaient à la Pologne entre les deux guerres. La population parlait un polonais très chantant, que sœur Faustine craignait (à tort) de ne pas comprendre, comme on le verra un peu plus loin. . Quand la mère générale Mère Michaela Moraczewska. m’a demandé un jour : « Pourquoi êtes-vous là sans rien dire et sans vous déterminer ? », je lui ai dit : « Je veux accomplir la seule volonté de Dieu. J’irai là où vous me l’ordonnerez, ma mère, parce que je saurai que c’est là la seule volonté de Dieu, sans aucune intervention de ma part. » « Très bien » m’a-t-elle répondu. Le lendemain, elle m’a convoquée et m’a dit : « Puisque vous voulez accomplir la seule volonté de Dieu, vous irez à Vilnius. » Je l’ai remerciée et j’ai attendu que l’on fixe le jour de mon départ. Une joie mêlée de crainte remplissait mon âme. Je sentais qu’à Vilnius Dieu me préparait de grandes grâces, mais aussi de grandes souffrances. Pourtant, je suis restée à Cracovie jusqu’au 27 mai. Comme je n’avais pas d’emploi fixe, j’aidais aux travaux du jardin, et comme j’y travaillais seule, j’ai pu pendant tout un mois faire les exercices spirituels de saint Ignace. J’ai réussi à les faire malgré l’obligation de participer aux récréations communes. Pendant cette retraite, j’ai reçu beaucoup de lumières de Dieu.
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Quatre jours s’étaient écoulés depuis mes vœux perpétuels. J’ai tâché de faire l’Heure sainte. C’était le premier jeudi du mois. Dès que je suis entrée dans la chapelle, j’ai été entièrement pénétrée par la présence de Dieu. Je sentais nettement que le Seigneur était près de moi. Au bout d’un instant, j’ai vu le Seigneur tout couvert de plaies. Il m’a dit : « Regarde qui tu as épousé. » J’ai compris la signification de ces paroles et j’ai répondu au Seigneur : « Jésus, t’aimer davantage quand je te vois couvert de plaies et anéanti que si je te voyais dans ta majesté. » Jésus a demandé : « Pourquoi ? » J’ai répondu : « La grande Majesté m’effraie, moi qui suis petitesse et néant, alors que tes plaies m’attirent vers mon cœur et me parlent de ton grand amour pour moi. » Après ces mots, le silence se fit. Je contemplais les saintes plaies de Jésus et je me sentais heureuse de souffrir avec lui. Tout en souffrant, je ne souffrais pas, parce que je me sentais heureuse de connaître la profondeur de son amour et l’heure s’est écoulée comme si elle n’avait duré qu’une minute.
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Ne jamais juger personne, porter un regard indulgent sur les autres et sévère sur moi-même. Ramener tout à Dieu et me voir moi-même telle que je suis, c’est-à-dire la plus grande misère et le plus grand néant. Quand je souffre, que ce soit avec calme et patience, sachant que tout passe avec le temps.
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Les moments que j’ai vécus pendant que je faisais mes vœux perpétuels, il ne convient pas d’en parler. Je suis en lui et lui en moi. Au moment où l’évêque a glissé l’anneau à mon doigt, Dieu a pénétré tout mon être, si bien que je ne sais pas exprimer cet instant, je le tairai. Depuis mes vœux perpétuels, mon intimité avec Dieu est plus étroite qu’elle ne l’a jamais été. Je sens que j’aime Dieu et je sens qu’il m’aime. Mon âme a goûté Dieu et ne pourrait plus vivre sans lui. Je préfère une heure passée au pied de l’autel, même dans la plus grande sécheresse d’esprit, que cent ans de plaisirs dans le monde. Je préfère être au couvent un souffre-douleur insignifiant, plutôt qu’une reine dans le monde.
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Je me cacherai aux yeux de mon entourage chaque fois que je ferai le bien, afin que Dieu seul soit ma récompense, comme une petite violette cachée dans l’herbe qui ne blesse pas pied de celui qui la piétine, mais exhale son parfum et, s’oubliant elle-même, s’efforce de faire plaisir à la personne qui l’a écrasée… Cela est certes très difficile pour ma nature humaine, mais la grâce de Dieu me vient en aide.
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Je te remercie, Jésus, pour l’immense grâce de m’avoir fait connaître tout l’abîme de ma misère. Je sais que je suis un gouffre de néant et que, si ta sainte grâce ne me soutenait pas, je retournerais instantanément au néant. Aussi, à chaque battement de mon cœur, je te remercie, mon Dieu, pour ta grande miséricorde envers moi.
Demain, je dois partir pour Vilnius. Aujourd’hui, je suis allée me confesser au père Andrasz, ce prêtre habité par l’Esprit de Dieu et qui a m’a délié les ailes pour que je puisse étendre mon envol jusqu’aux hauteurs les plus inaccessibles. Il m’a rassuré sur tous les points et m’a ordonné de croire à la Divine Providence : « Ayez confiance et allez hardiment de l’avant. » Après cette confession, j’ai senti en moi une étrange force venant de Dieu . Le père a beaucoup insisté pour que je sois fidèle à la grâce de Dieu et m’a dit : « Si vous gardez toujours cette simplicité et cette obéissance, il ne vous arrivera rien de mal. Ayez confiance en Dieu, vous êtes sur la bonne voie et entre de bonnes mains, les mains de Dieu. »
- Ce soir, je suis restée un peu plus longtemps dans la cha- pelle. Je parlais d’une âme avec le Seigneur. Enhardie par sa bonté, j’ai dit : « Jésus, tu m’as donné ce père qui a compris mes inspirations et à nouveau tu me le reprends. Que ferai-je à Vilnius ? Je n’y connais personne, je ne connais même pas la langue des gens de là-bas La population de Vilnius et de sa région parlait un polonais très chantant, que sœur Faustine craignait, à tort, de ne pas comprendre. . » Et le Seigneur m’a dit : « N’aie pas peur, je ne te laisserai pas seule. » Mon âme s’est plongée dans la prière et j’ai remercié le Seigneur pour toutes les grâces qu’il m’a accordées par l’intermédiaire du père Andrasz. Soudain, je me suis souvenue de la vision où un prêtre m’était apparu entre le confessionnal et l’autel. Confiante dans le fait de faire un jour sa connaissance, je me suis rappelé distinctement les mots que j’avais entendus alors : « C’est lui qui t’aidera à faire ma volonté sur la terre. »