Mon cœur est une demeure permanente pour Jésus. Personne ne peut y entrer en dehors de lui. C’est en Jésus que je puise la force de combattre toutes les difficultés et de vaincre les obstacles. Je désire me transformer en Jésus pour pouvoir me donner parfaitement aux âmes. Sans Jésus, je ne pourrais pas m’approcher des âmes, car je sais bien ce que je suis par moi-même. J’absorbe Dieu en moi pour le donner aux âmes.
- Le 27 mars. Je désire consacrer mes forces, travailler, m’anéantir pour notre œuvre – qui est de sauver les âmes immortelles. Qu’importe si ces efforts abrègent ma vie. D’ailleurs, elle ne m’appartient pas, puisqu’elle est la propriété de la Congrégation. Je désire être utile à toute l’Église par ma fidélité à notre Congrégation.
Ô Jésus, aujourd’hui, mon âme est comme obscurcie par la souffrance. Pas un seul rayon de lumière. La tempête fait rage, et Jésus dort. Ô mon Maître, je ne te réveillerai pas, je n’interromprai pas ton doux sommeil. Je crois profondément que tu me fortifies sans que je le sache.
Il y a des heures entières où je t’adore, ô Pain vivant, avec une grande sécheresse d’âme. Ô Jésus, pur amour, je n’ai pas besoin de consolations, je me nourris de ta volonté, ô mon Souverain ! Accomplir ta volonté est le but de mon existence. Il me semble que le monde entier est à mon service et qu’il dépend de moi. Toi, Seigneur, tu comprends mon âme et tout ce à quoi elle aspire.
Jésus, lorsque je ne peux pas te chanter moi-même une hymne d’amour, j’admire le chant des Séraphins, eux que tu aimes tant. Je veux m’abîmer en toi comme eux le font. Rien ne peut faire obstacle à un tel amour, parce qu’aucune puissance n’a de prise sur lui. Il ressemble à l’éclair qui illumine les ténèbres, mais n’y reste pas. Ô mon Maître, façonne toi-même mon âme selon ta volonté et tes desseins éternels.
Une personne semble s’être fait un devoir de m’exercer dans la vertu de diverses façons. Un jour, elle m’a arrêtée dans le couloir et m’a d’abord dit qu’elle n’avait pas à me faire de remarques, mais elle m’a néanmoins ordonné de rester debout une demi-heure devant la petite chapelle En face de la petite chapelle, de l'autre côté du couloir, se trouvait une petite salle de réunion. pour attendre la mère supérieure qui devait passer juste après la récréation « Récréation » : temps de détente pour les sœurs, après le travail. , et de m’accuser devant elle de diverses choses qu’elle m’a enjoint de dire. Bien que je n’aie pas eu la moindre idée de ce dont je devais m’accuser, j’ai obéi et j’ai attendu la supérieure pendant une demi-heure. Toutes les sœurs qui passaient souriaient en me regardant. Lorsque je me suis accusée devant la mère supérieure La supérieure de la maison de Varsovie était alors mère Rafaela Buczyńska (cf. note 38). , qui m’a été envoyée me confesser. Dès que j’ai commencé à me confesser, le prêtre a remarqué ce que je disais ne venait pas de mon âme, que je ne savais absolument rien de ces choses, et il s’est étonné que cette personne ait osé de donner des ordres pareils.
Ô Église de Dieu, tu es la meilleure des Mères, toi seule sais élever l’âme et la faire grandir. Ah ! quel grand amour et quel respect j’éprouve pour l’Église, la meilleure des Mères !
À un moment, le Seigneur m’a dit : « Ma fille, ta confiance et ton amour retiennent ma justice et je ne peux punir parce que tu m’en empêches. » Ah ! quelle force immense possède une âme pleine de confiance !
Lorsque je pense à mes vœux perpétuels et que je considère qui est Celui qui désire s’unir à moi, je passe de longues heures à méditer sur lui. Comment cela se fera-t-il puisque toi, tu es Dieu et moi, ta créature ; puisque toi, tu es le Roi immortel, et moi, une mendiante et la misère même ? Mais maintenant tout est clair pour moi : cet abîme sera comblé par ta grâce, Seigneur, et par ton amour. C’est l’amour qui comblera l’abîme qui existe entre toi, Jésus, et moi.
Ô Jésus, que l’âme est profondément blessée quand elle s’efforce d’être toujours sincère, mais qu’on l’accuse d’hypocrisie et qu’on la traite avec méfiance ! Ô Jésus, toi aussi, tu as éprouvé cette souffrance pour faire réparation à ton Père.
Je désire me cacher de manière qu’aucune créature ne connaisse mon cœur. Jésus, toi seul connais mon cœur et possèdes tout entier. Personne ne connaît notre secret : nous nous comprenons d’un regard. Depuis le moment où nous nous sommes connus, je suis heureuse. Ta grandeur est ma plénitude. Ô Jésus, c’est quand je suis à la dernière place, après les postulantes, même les plus jeunes, que je me sens à ma place. Je ne savais pas que le Seigneur avait mis tant de bonheur en bout de table, dans tous ces coins reculés et sans éclat. Je comprends maintenant que, même en prison, l’amour pour toi peut jaillir dans toute sa plénitude d’un cœur pur. Les choses extérieures n’ont pas d’importance pour le pur amour : il est au-dessus de tout. Ni la porte d’une prison, ni celle du ciel ne comptent pour lui. Il parvient jusqu’à Dieu lui-même et rien ne l’en empêche. Il ne connaît pas d’obstacles, il est libre comme un roi, il va où il veut. Même la mort doit s’incliner devant lui…
Aujourd’hui, ma sœur est venue me rendre visite Wanda Kowalska, sœur cadette d'Hélène (cf. Notes finales). . Quand elle m’a raconté ses projets, j’ai été stupéfaite : comment est-ce possible ? Cette âme est belle devant Dieu et pourtant, d’épaisses ténèbres l’entouraient et elle ne savait pas se dégager de cette situation. Elle voyait tout en noir. Le Bon Dieu me l’a confiée, et pendant deux semaines j’ai pu tra- vailler à la remettre sur la voie. Mais Dieu seul sait combien cette âme m’a coûté de sacrifices : pour aucune autre âme je n’ai porté devant le trône de Dieu autant de sacrifices, de souffrances et de prières. J’ai senti que j’avais contraint Dieu à lui accorder sa grâce. Quand je réfléchis à tout cela, j’y vois un véritable miracle. Je comprends maintenant quelle force a devant Dieu la prière d’intercession.
Maintenant, pendant le Carême, je ressens souvent dans mon corps la Passion du Seigneur Jésus. Je vis profondément dans mon cœur tout ce que Jésus a souffert, bien qu’à l’extérieur rien ne trahisse mes souffrances; seul mon confesseur les connaît.
Bref entretien avec la mère maîtresse Mère Małgorzata Gimbutt. . Quand je l’ai interrogée sur certains détails pour progresser dans la vie intérieure, cette sainte mère a répondu à toutes mes questions avec une grande clairvoyance. Elle m’a dit : « Si vous continuez à œuvrer ainsi avec la grâce de Dieu, vous ne serez qu’à un pas d’une étroite union avec Dieu. Vous comprenez ce que je veux dire. Que votre trait caractéristique soit la fidélité à la grâce du Seigneur. Dieu ne conduit pas toutes les âmes par ce chemin. »
- Office de la Résurrection. Aujourd’hui, pendant l’office de la Résurrection, j’ai vu Jésus dans une clarté splendide. Il s’est approché de moi et a dit : « La paix soit avec vous, mes enfants », puis il a levé la main et nous a bénis. Les plaies de ses mains, de ses pieds et de son côté n’étaient pas effacées, mais lumineuses. Il m’a regardée avec tant de bienveillance et tant d’amour que mon âme entière a sombré en lui. Il m’a dit : « Tu as pris une grande part à ma Passion, c’est pour cela que je te donne cette part à ma gloire et à ma joie. » Il m’a semblé que tout l’office avait duré une seule minute. Un étrange recueillement s’est emparé de mon âme et y est demeuré pendant toute la durée des fêtes. La bienveillance de Jésus est si grande qu’il m’est impossible de l’exprimer.
Le lendemain, après la sainte Communion, j’ai entendu ces mots : « Ma fille, regarde l’abîme de ma miséricorde et rends lui gloire et honneur. Fais-le de la manière suivante : rassemble tous les pécheurs du monde entier et plonge-les dans l’abîme de ma miséricorde. Je désire me donner aux âmes, je désire les âmes, ma fille. Le jour de ma fête, la fête de la Miséricorde, tu parcourras le monde entier et tu amèneras les âmes défaillantes à la source de ma miséricorde. Je les guérirai et je les fortifierai. »
Aujourd’hui, j’ai prié pour une âme agonisante qui mourait sans recevoir les sacrements, bien qu’elle les désirait ardemment, mais il était trop tard. C’était une de mes parentes, l’épouse de mon oncle. Son âme était très agréable à Dieu. À ce moment-là, l’espace n’existait pas pour nous.
Ô vous, menus sacrifices quotidiens, vous êtes pour moi comme les fleurs des champs que j’éparpille sur les pieds de mon bien aimé Jésus. Je considère parfois que ces petites choses ont la même valeur que les vertus héroïques, parce qu’il faut de l’héroïsme pour les renouveler continuellement.
Quand je souffre, je ne cherche pas d’aide auprès des créatures : c’est Dieu qui est tout pour moi, même s’il me semble parfois que le Seigneur non plus ne m’entend pas ; je m’arme de patience et je me tais, comme une colombe qui ne se plaint pas et n’en veut pas à ceux qui lui prennent ses petits. Je veux planer dans la chaleur ardente du soleil, je ne veux pas m’arrêter dans la brume. Je ne faiblirai pas, parce que c’est sur toi que je me suis appuyée, toi – ma Force.
Je prie ardemment le Seigneur de daigner affermir ma foi pour que, dans la grisaille de la vie quotidienne, je ne me laisse pas gouverner par ma nature humaine, mais par l’esprit. Ah ! comme tout tire l’homme vers la terre, mais une foi vivante maintient l’âme dans des sphères supérieures et donne à l’amour-propre la place qui lui revient, c’est-à-dire la dernière !