Au moment de ma prise d’habit Le 30 avril 1926 (cf. Notes finales). , Dieu m’a fait comprendre combien je souffrirais. J’ai très bien vu ce à quoi je m’engageais : j’ai éprouvé cette souffrance pendant une minute, puis Dieu a de nouveau répandu dans mon âme de grandes consolations.

Vers la fin de ma première année de noviciat, les ténèbres commencent à envahir mon âme : je ne retire aucune consolation de ma prière, je n’arrive à méditer qu’au prix d’un grand effort, l’angoisse commence à me gagner. Je rentre plus profondément en moi-même et je n’y vois rien, sinon une grande misère. Je vois aussi très clairement l’immense sainteté de Dieu. Je n’ose pas lever les yeux vers lui, mais je me jette à ses pieds dans la poussière et j’implore sa miséricorde. Près de six mois s’écoulent ainsi et l’état de mon âme ne change pas. Notre chère mère maîtresse La maîtresse des novices était alors mère Maria Józefa – Stefania Brzoza (cf. Notes finales). m’insuffle du courage dans ces moments difficiles, mais ma souffrance ne cesse d’augmenter. Ma deuxième année de noviciat approche. À la pensée que je dois prononcer mes vœux un frisson traverse mon âme. Je ne comprends pas ce que je lis, je suis incapable de méditer. Il me semble que mes prières ne sont pas agréables à Dieu. Quand je m’approche des sacrements, il me semble que j’offense Dieu encore davantage. Cependant mon confesseur L'abbé Teodor Czaputa, confesseur des novices (cf. Notes finales). ne m’a pas permis d’omettre une seule fois la sainte Communion. Dieu agissait dans mon âme d’une manière étrange. Je ne comprenais absolument rien de ce que me disait mon confesseur. Je ne comprenais plus les simples vérités de la foi, mon âme tourmentée ne trouvait nulle part de contentement. À un moment, la pensée m’est venue, très forte, que j’étais rejetée par Dieu. Cette pensée effroyable a transpercé mon âme de part en part et dans cette souffrance mon âme a commencé à agoniser. Je voulais mourir, mais je ne le pouvais pas. J’ai pensé : À quoi bon acquérir des vertus ? À quoi bon me mortifier si tout est désagréable à Dieu ? – Lorsque j’en ai parlé à la mère maîtresse, j’ai reçu la réponse suivante : « Sachez que Dieu vous appelle à une très grande sainteté. Ceci est le signe que Dieu veut vous avoir tout près de lui au ciel. Ayez une très grande confiance en notre Seigneur Jésus. »

La pensée effroyable d’être rejetée par Dieu est le supplice que subissent réellement les damnés. Je cherchais refuge auprès des plaies de Jésus. Je répétais des paroles pleines de confiance, mais ces paroles augmentaient encore mon tourment. Je suis allée devant le Très Saint Sacrement et je me suis adressée à Jésus : « Jésus, c’est toi qui as dit qu’une mère oublierait son nourrisson plutôt que Dieu sa créature et tu as ajouté : « Même si elle l’oubliait, moi, Dieu, je ne l’oublierai pas. » Jésus, entends-tu les gémissements de mon âme ? Daigne entendre les plaintes douloureuses de ton enfant. J’ai confiance en toi, car le ciel et la terre passeront, mais ta parole durera éternellement. » Et pourtant, pas un instant je n’éprouvais de soulagement.

Un matin, à mon réveil, je me mets en présence de Dieu, et voilà que je suis envahie par le désespoir. Nuit obscure de l’âme. Je lutte de mon mieux jusqu’à midi. Dans l’après-midi, une angoisse véritablement mortelle s’empare de moi, les forces physiques commencent à me manquer. J’entre en hâte dans ma cellule, je me jette à genoux devant le crucifix et je me mets à invoquer la miséricorde de Dieu. Mais Jésus n’entend pas mon appel. Je sens que mes forces physiques m’abandonnent complètement, je tombe sur le sol, le désespoir envahit mon âme tout entière, je vis réellement des tourments infernaux qui ne diffèrent en rien des supplices de l’enfer. Je suis restée trois quarts d’heure dans cet état. Je voulais aller trouver notre maîtresse – mais je n’en avais pas la force. Je voulais appeler – mais la voix me manquait. Par bonheur, une des sœurs Sœur Placyda – Antonina Putyra, née en 1903, entrée dans la Congrégation en 1924, décédée le 7 octobre 1985. est entrée dans ma cellule, et, quand elle m’a vue dans cet état, elle est immédiatement allée prévenir la maîtresse des novices. La mère maîtresse est arrivée tout de suite et dès qu’elle est entrée dans ma cellule, elle a prononcé ces mots : « Au nom de la sainte obéissance Dans la Congrégation, les supérieures peuvent donner des ordres « au nom de la sainte obéissance » aux sœurs professes – sœurs qui ont prononcé leurs vœux religieux. La mère maîtresse n'avait donc pas ce droit, et sœur Faustine, qui était encore novice et n'avait pas prononcé ses vœux, n'était pas obligée d'obéir. Si la mère maîtresse a employé ici la formule « au nom de la sainte obéissance », c'est parce qu'elle comptait sur la bonne volonté et la piété de la novice pour se soumettre à cet ordre. Elle voulait aider ainsi sœur Faustine à se délivrer de sa pénible épreuve. , levez-vous ! » Aussitôt une force m’a soulevée du sol et je me suis trouvée debout à côté de notre chère maîtresse. Avec des mots affectueux elle m’a assuré que c’était une épreuve envoyée par Dieu : « Ayez une grande confiance, Dieu reste un Père même quand il nous envoie des épreuves. » Je suis retournée à mes tâches comme si je venais de sortir de la tombe. Mes sens étaient affectés de ce que mon âme venait de vivre. Au cours de l’office du soir, mon âme commence à agoniser dans des ténèbres effroyables: je sens que je suis livrée au pouvoir du Dieu de justice et que je suis l’objet de son courroux. Dans ces instants épouvantables, j’ai dit au Seigneur : « Jésus, tu te compares dans l’Évangile à la plus tendre des mères : j’ai confiance en tes paroles, parce que tu es la vérité et la vie. Jésus, j’ai confiance en toi contre toute espérance, contre mon sentiment intime qui s’oppose à l’espérance. Fais de moi ce que tu veux. Je ne te quitterai jamais, car tu es la source de ma vie. » Ah ! comme ce tourment de l’âme est terrible ! Seul celui qui a vécu des moments pareils peut le comprendre.

Pendant la nuit, la Sainte Vierge m’a visitée, tenant l’Enfant Jésus dans les bras. Mon âme était remplie de joie et j’ai dit : « Marie, ma Mère, sais-tu combien je souffre ? » Elle m’a répondu : « Je sais combien tu souffres, mais n’aie pas peur ; je compatis et je compatirai toujours avec toi. » Elle m’a souri affectueusement et elle a disparu. Aussitôt, une grande force et un grand courage ont surgi dans mon âme. Mais cela n’a duré qu’un jour. C’était comme si l’enfer s’était ligué contre moi. Une haine terrible a commencé à s’insinuer dans mon âme, une haine de tout ce qui est saint et divin. Il me semblait que ces tourments de l’âme feraient toujours partie de mon existence. Je me suis adressée au Très Saint Sacrement et j’ai dit à Jésus : « Jésus, Époux de mon âme, ne vois-tu pas que mon âme agonise pour toi ? Comment peux-tu te cacher ainsi devant un cœur qui t’aime tant ? Pardonne-moi, Jésus, que ta volonté sainte se fasse en moi. Je souffrirai en silence et sans me plaindre, comme une colombe. Je ne laisserai pas mon cœur exhaler une seule plainte douloureuse. »

Fin de mon noviciat. Ma souffrance ne diminue nullement. Affaiblissement physique. Je suis dispensée de tous les exercices spirituels Exercices spirituels alors pratiqués dans la Congrégation : une demi-heure de méditation le matin, récitation d'une partie du rosaire, chemin de croix, Heures de l'Immaculée Conception. , qui sont remplacés par des oraisons jaculatoires La sœur maîtresse, comme les autres supérieures, a le droit de dispenser une novice des exercices spirituels obligatoires ou de les remplacer par d'autres exercices. . Vendredi Saint En 1927, le Vendredi Saint a eu lieu le 15 avril. – Jésus emporte mon cœur dans le brasier même de l’amour. C’était pendant l’adoration du soir. La présence divine m’a soudain envahie. J’ai tout oublié. Jésus m’a fait connaître combien il a souffert pour moi. Cela a duré très peu de temps. Terrible nostalgie. Désir intense d’aimer Dieu.