Tentations de Satan pendant la méditation. J’ai été saisie de l’étrange crainte de ne pas être comprise par ce confesseur, si de ne pas avoir le temps de tout lui exposer. Comment lui raconter tout cela ? Si encore il s’agissait du Père Bukowski, j’aurais moins de difficultés, mais c’est la première fois que je viens ce jésuite. Je me suis alors souvenue que le père Bukowski Cf. note 21. m’avait conseillé de noter pendant chaque retraite les lumières qui me venaient de Dieu ou tout au moins de lui en faire un compte rendu, même succinct. Mon Dieu, pendant un jour et demi tout allait si bien, et puis cette lutte à mort commence. Dans une demi-heure, c’est le début la conférence et ensuite je dois aller me confesser. Satan cherche à me faire croire que, puisque mes supérieures m’ont dit que ma vie intérieure était une illusion, à quoi bon questionner encore le confesseur et l’importuner ? « Mère X. Il s'agissait probablement de mère Janina Bartkiewicz. t’a bien dit que le Seigneur n’a pas de relations aussi étroites avec des âmes misérables comme la tienne et ce confesseur te dira exactement la même chose. Pourquoi devrais-tu en parler ? Ce ne sont pas des péchés, et d’ailleurs mère X. t’a clairement dit que cette intimité avec Jésus n’était que rêverie et hystérie pure, alors à quoi bon en parler à ce confesseur ? Tu ferais mieux de rejeter tout cela comme une illusion. Regarde toutes les humiliations que tu as subies et tu en subiras encore bien d’autres. D’ailleurs les sœurs aussi savent que tu es une hystérique. » – Jésus! me suis-je écriée de toutes les forces de mon âme.

C’est alors que le père est entré pour faire sa conférence. Il a parlé peu de temps, comme s’il était pressé. Après sa conférence, il s’est assis dans le confessionnal. Quand j’ai vu qu’aucune des sœurs ne se levait, j’ai bondi de mon prie-Dieu et je me suis aussitôt trouvée à genoux devant la grille. Je n’ai pas eu temps de réfléchir. Et au lieu de parler au père des doutes que l’on m’avait insufflées contre Jésus, j’ai commencé à lui raconter toutes les tentations que j’ai décrites plus haut. Le confesseur a tout de suite compris ma situation et m’a dit : « Vous vous méfiez du Seigneur Jésus parce qu’il vous témoigne tant de bienveillance. Eh bien, ma sœur, vous pouvez être tout à fait tranquille. Jésus est votre Maître et votre intimité avec lui n’est ni de l’hystérie, ni de la rêverie, ni une illusion. Sachez que vous êtes sur une bonne voie. Tâchez d’être fidèle à ces grâces : il vous est défendu de vous y soustraire. Vous n’avez nullement besoin de parler à vos supérieures de ces grâces intérieures, à moins que Jésus ne vous l’ordonne expressément, et, même dans ce cas, vous devez d’abord vous entendre avec votre confesseur. Mais si Jésus exige quelque chose à l’extérieur, vous devrez, après vous être entendue avec votre confesseur, faire absolument tout ce que le Seigneur Jésus demande, et ce, quoi qu’il vous en coûte. Mais il faut que vous disiez tout à votre confesseur : il n’y a absolument pas d’autre voie pour vous. Priez pour trouver un directeur spirituel, sinon vous allez gaspiller ces grands dons de Dieu. Je le répète encore: soyez tranquille, vous êtes sur la bonne voie. Ne vous préoccupez de rien, mais restez toujours fidèle au Seigneur Jésus, peu importe ce que les autres diront de vous. C’est justement avec des âmes misérables comme la vôtre que Jésus entre en relation, et plus vous vous abaisserez, plus Jésus s’unira à vous. »

Quand j’ai quitté le confessionnal, une joie indicible a inondé mon âme, si bien que je me suis isolée dans un jardin pour me cacher des sœurs et permettre à mon cœur de s’épancher auprès de Dieu. La présence de Dieu m’a pénétrée de part en part et, en un instant, le néant que je suis s’est abîmé en lui et j’ai senti, c’est-à-dire discerné les Trois Personnes Divines qui demeuraient en moi. Il y avait une telle paix dans mon âme que je me demandais avec étonnement comment j’avais pu être inquiète.