La prière. Par la prière, l’âme s’arme pour tous les combats. Quel que soit son état, l’âme doit prier. L’âme pure et belle doit prier, sinon elle perd sa beauté. L’âme qui tend vers la pureté doit prier, sinon elle n’y parviendra pas. L’âme qui vient de se convertir doit prier, sinon elle tombera de nouveau. L’âme pécheresse plongée dans le péché doit prier pour pouvoir se relever. Ainsi, il n’y a pas d’âme qui ne doive prier, parce que c’est par la prière que la grâce descend.

Je me rappelle avoir reçu le plus de lumières pendant les adorations d’une demi-heure que je faisais tous les jours durant le Carême, étendue les bras en croix devant le Très Saint Sacrement. Pendant cette période, j’ai eu une connaissance plus profonde de moi et de Dieu, malgré les difficultés que j’ai rencontrées à prier ainsi, et bien que j’en aie obtenu l’autorisation de mes supérieures. Que l’âme sache que pour prier et persévérer dans la prière, elle doit s’armer de patience et surmonter courageusement toutes les difficultés extérieures et intérieures. Les difficultés intérieures sont le découragement, la sécheresse, l’indolence, les tentations. Les difficultés extérieures sont la critique, l’opinion d’autrui et la nécessité de respecter les moments destinés à la prière. J’en ai fait moi-même l’expérience : chaque fois que je n’ai pas dit ma prière au moment fixé, je ne l’ai pas faite plus tard non plus, parce que mes tâches ne me le permettaient pas ; et si je la disais quand-même, c’était à grand peine, parce que ma pensée s’échappait malgré moi vers les tâches à accomplir. Il y a aussi une autre difficulté : lorsque l’âme a bien fait son oraison et qu’elle demeure dans un profond recueillement intérieur, il arrive que d’autres personnes troublent ce recueillement. Il faut donc de la patience pour persévérer dans la prière. Souvent, c’est quand mon âme était le plus profondément plongée en Dieu, qu’elle avait recueilli le plus de fruit de la prière, que la présence de Dieu m’accompagnait durant la journée, et que j’étais le plus concentrée, minutieuse et zélée dans l’accomplissement de mes tâches – c’est à ces moments-là que je recevais le plus de remontrances, qu’on me reprochait d’être négligente, indifférente à tout. Tant il est vrai que les âmes moins recueillies veulent que les autres âmes leur ressemblent, parce qu’elles sont pour elles la cause d’un continuel remords.