• J’ai compris qu’en de tels moments il n’y avait aucune aide à attendre de personne. Aussi ai-je commencé à prier et à demander au Seigneur de me donner un confesseur. Je désirais qu’un prêtre me dise seulement ces mots : « Soyez tranquille, vous êtes sur une bonne voie », ou bien : « Rejetez tout cela, car cela ne vient pas de Dieu. » Mais je n’ai pas trouvé de prêtre suffisamment résolu pour me dire clairement ces paroles au nom du Seigneur, et j’ai donc continué à vivre dans l’incertitude. Ô Jésus, si c’est ta volonté que je vive dans cette incertitude, que ton nom soit béni. Je t’en supplie, Seigneur, dirige toi-même mon âme et sois avec moi, car de moi-même je ne suis rien.

Et me voilà déjà jugée sous tous les aspects. Il n’y a plus rien en moi qui ait échappé au jugement des sœurs ; mais bientôt tout s’est en quelque sorte tassé et elles ont fini par me laisser tranquille. Mon âme fatiguée s’est reposée un peu, et j’ai compris que le Seigneur avait été très proche de moi au cours de ces persécutions, mais cela a duré très peu de temps, car une violente tempête a éclaté à nouveau.

Les anciens soupçons étaient devenus pratiquement des certitudes et il m’a fallu réentendre les mêmes chansons. Tel était le bon plaisir du Seigneur! Mais, chose singulière, même à l’extérieur, j’ai commencé à rencontrer toutes sortes de difficultés Il s'agit sans doute ici des difficultés que rencontrait sœur Faustine dans l'exécution de ses tâches quotidiennes et du manque de compréhension de son entourage. . Cela m’a causé diverses souffrances connues de Dieu seul. Je faisais tout mon possible pour tout accomplir avec la plus grande pureté d’intention, mais je voyais que, maintenant, j’étais surveillée partout comme une voleuse : dans la chapelle, pendant mes tâches, dans ma cellule Dans la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame de la Miséricorde, les sœurs n'ont pas de cellule particulière, mais partagent à plusieurs une pièce commune. La place que chacune occupe est séparée de celles des autres par un paravent. Dans la Congrégation, on appelle « cellules » les parties de la pièce ainsi délimitées. . Je savais maintenant qu’en plus de la présence de Dieu, il y avait toujours une présence humaine à mes côtés, et, vraiment, cette présence humaine me fatiguait parfois beaucoup. Il y avait des moments où je me demandais si je devais ou non me déshabiller pour me laver et même pauvre lit était souvent contrôlé, lui aussi. Je me prenais souvent à rire à la pensée qu’on ne laissait même pas mon lit en paix. Une sœur m’a dit elle-même que tous les soirs elle regardait dans ma cellule, pour voir comment je m’y comportais.

Les supérieures restent néanmoins des supérieures. Et en dépit des humiliations qu’elles me faisaient subir personnellement et des divers doutes dont elles me remplissaient parfois, elles m’ont toujours permis de faire ce que le Seigneur exigeait de moi. Elles accomplissaient les exigences du Seigneur, non pas comme je le leur demandais, mais d’une manière différente, et m’autorisaient à faire mes pénitences et mes mortifications.

Un jour, une des mères s’est violemment mise en colère contre moi et m’a humiliée au point que j’ai cru que je ne le supporterais pas. – Elle m’a dit : « Fantaisiste, hystérique, illuminée, sortez de cette pièce, que je ne vous voie plus ! » Tout ce qui était possible et imaginable s’est déversé sur ma tête. Quand je suis entrée dans ma cellule, je suis tombée face à terre devant la croix et j’ai regardé Jésus sans pouvoir prononcer un mot. Et pourtant j’ai gardé le secret devant les autres religieuses et j’ai fait comme si rien ne s’était passé entre nous. Satan profite toujours de tels moments et des pensées pleines de découragement ont commencé à me venir à l’esprit : « Voilà ta récompense pour ta fidélité et ta sincérité. Comment être sincère quand on est tellement incomprise ? » « Jésus, Jésus, je n’en peux plus ! » Je suis de nouveau tombée à terre sous le poids de ce fardeau, la sueur m’inondait, l’angoisse me saisissait. Je n’avais personne sur qui m’appuyer intérieurement. Soudain, j’ai entendu une voix dans mon âme : « N’aie pas peur, je suis avec toi ! », et une lumière étrange a éclairé mon esprit : j’ai compris que je ne devais pas me laisser envahir par cette tristesse, je me suis sentie pleine de force et je suis sortie de ma cellule avec un courage renouvelé pour affronter les souffrances.

Et pourtant, j’ai commencé à me laisser un peu aller Par « me laisser aller », sœur Faustine entendait sa volonté de fuir ses inspirations intérieures et de se disperser. Elle était la seule à se rendre compte de ces « laisser aller » ; on ne les remarquait pas à l'extérieur. . Je ne prêtais plus attention aux inspirations intérieures et je m’efforçais de me disperser. Cependant, malgré mon tumulte intérieur et ma dispersion, je voyais ce qui se passait dans mon âme. La parole de Dieu est éloquente et rien ne peut l’étouffer. J’ai commencé à éviter de rencontrer le Seigneur dans mon âme, car je ne voulais pas être victime d’illusions, mais c’est comme si le Seigneur me poursuivait de ses dons, et vraiment j’éprouvais, tour à tour, joie et tourment. Je ne parlerai pas ici des diverses visions et des grâces que Dieu m’a prodiguées à cette époque, parce que je les ai notées ailleurs « Ailleurs » : c'est-à-dire dans d'autres parties du « Petit Journal. » Longtemps, sœur Faustine n'a rien écrit au sujet des expériences qu'elle vivait et n'a rien noté de ses états spirituels ou des grâces reçues. C'est seulement sur l'ordre formel de son confesseur, l'abbé Michał Sopoćko, qu'elle a commencé à raconter ses expériences présentes, mais aussi passées, au fur et à mesure qu'elle se les rappelait. Au bout d'un certain temps elle a brûlé ses notes (cf. Notes finales). . Je dirai seulement que mes souffrances avaient atteint leur point culminant et que j’avais décidé d’en finir avec ces doutes avant de prononcer mes vœux perpétuels.

Pendant tout le temps de ma probation, j’ai prié pour que Dieu éclaire le prêtre auquel je devais me dévoiler, auquel je devais découvrir entièrement le fond de mon âme. J’ai demandé à Dieu de m’aider, de me donner la grâce d’exprimer les choses les plus secrètes qui avaient lieu entre le Seigneur et moi, et de me disposer à considérer toutes les décisions de ce prêtre comme venant de Jésus lui-même.

Que m’importe ce qu’il pensera de moi, je ne désire que la vérité et une réponse ferme et précise à certaines de mes questions. Je m’en remets complètement à Dieu et mon âme cherche la vérité. Je ne peux pas vivre plus longtemps dans le doute. J’étais tellement sûre dans mon âme que ces choses provenaient de Dieu que j’aurais donné ma vie pour elles, mais je mettais l’avis du confesseur au-dessus de tout et j’ai résolu d’agir selon son jugement et ses indications. Je vois ce moment comme celui qui décidera de la manière dont je devrai agir durant toute ma vie. Je sais que tout dépendra de ce moment. Qu’importe si ce que le prêtre me dit sera conforme ou contraire à mes inspirations, cela ne me regarde plus. Je veux connaître la vérité et la suivre. Jésus, tu peux m’aider. Et à partir de ce moment-là, j’ai commencé à agir ainsi : je garde secrètes toutes les grâces dans mon âme et j’attends celui que le Seigneur m’enverra. Sans éprouver aucun doute dans mon cœur, j’ai demandé au Seigneur qu’il daigne m’aider lui-même dans ces instants et un certain courage est entré dans mon âme.

Je dois encore ajouter que certains confesseurs aident l’âme et semblent être des pères spirituels tant que tout va bien, mais, dès que l’âme rencontre des difficultés, ils paraissent impuissants et ne peuvent pas ou ne veulent pas la comprendre. Ils cherchent à se débarrasser d’elle au plus vite, mais si l’âme est humble, elle profitera quand-même un peu de la confession. Dieu lui-même projette parfois un faisceau de lumière au fond de cette âme, si elle est pleine de foi et d’humilité. Il arrive que le confesseur dise, sans s’en rendre compte, des choses qu’il ne voulait pas dire. Oh ! que l’âme croie alors que ce sont les paroles du Seigneur lui-même ! Certes, nous devons croire que chaque mot entendu dans le confessionnal vient de Dieu, mais ce dont je viens de parler plus haut est quelque chose qui vient de Dieu directement. Et l’âme sent bien que le prêtre ne dépend pas que de lui-même et qu’il dit des choses qu’il n’aurait pas voulu dire. C’est ainsi que Dieu récompense la foi. Je l’ai vécu moi-même à de nombreuses reprises. Un prêtre, très instruit et très estimé – il m’était arrivé de me confesser à lui – s’était toujours montré sévère et opposé à ces choses, mais il m’a dit un jour : « Sachez, ma sœur, que si Dieu exige que vous fassiez cela, il ne faut pas vous y opposer. Dieu veut parfois être loué justement de cette manière. Soyez tranquille : ce que Dieu a commencé, Dieu l’achèvera, mais je vous le dis : l’essentiel, c’est la fidélité envers Dieu et l’humilité, et encore l’humilité. Rappelez-vous bien ce que je vous ai dit aujourd’hui. » J’étais très contente et j’ai pensé que ce prêtre m’avait peut-être comprise, mais les circonstances ont fait que je ne me suis plus confessée à lui.