• Quand j’eus compris que je ne trouverais aucun apaisement auprès de mes supérieures, j’ai décidé de ne plus parler des choses purement intérieures. À l’extérieur je tâchais, comme une bonne religieuse, de tout dire à mes supérieures, mais ce n’est qu’au confessionnal que je parlais des besoins de mon âme. J’ai compris par de nombreuses et très justes raisons que la femme n’était pas appelée à discerner de tels mystères. En effet, je m’étais exposée à beaucoup de souffrances inutiles. J’ai longtemps été considérée comme possédée de l’Esprit mauvais, regardée avec commisération, et la supérieure avait pris certaines précautions à mon égard. J’entendais ça et là que c’est ainsi que les sœurs me voyaient. L’horizon s’est assombri autour de moi. J’ai commencé à éviter ces grâces divines, mais il n’était pas en mon pouvoir d’y parvenir. J’étais brusquement plongée dans un si grand recueillement que malgré moi je m’abîmais en Dieu et le Seigneur me gardait auprès de lui.

Dans les premiers moments, mon âme est toujours un peu effrayée, puis elle est remplie d’une paix et d’une force étranges.

  • Tout était encore supportable. Mais lorsque le Seigneur a exigé que je peigne ce tableau, on a commencé à parler de moi et à me regarder vraiment comme si j’étais une hystérique et une illuminée, et cela se disait plus ouvertement. Un jour, une sœur est venue me parler confidentiellement et a commencé à s’apitoyer sur moi. Elle me dit : « J’entends dire que vous êtes une illuminée, que vous avez des visions. Ma pauvre Sœur, défendez-vous ! » C’était une âme sincère et elle m’a rapporté fidèlement ce qu’elle avait entendu, mais je devais écouter ce genre de choses quotidiennement, et Dieu seul sait combien cela me tourmentait.

J’ai malgré tout décidé de tout supporter en silence et de ne pas me justifier quand on me posait des questions. Certaines sœurs, surtout les plus curieuses, étaient irritées par mon silence. D’autres, plus réfléchies, disaient que sœur Faustine devait quand même être très proche de Dieu pour avoir la force de supporter tant de souffrances. Et il me semblait me trouver face à deux groupes de juges. Je m’efforçais de garder le silence intérieur et également à l’extérieur. Je ne disais rien de ce qui me concernait, malgré les questions directes de certaines sœurs. Ma bouche était devenue muette. Je souffrais sans me plaindre, comme une colombe. Et pourtant certaines sœurs semblaient prendre plaisir à me faire de la peine. Ma patience les agaçait, mais Dieu me donnait tant de force intérieure que je supportais cela avec sérénité.