- Quelques mots à propos de la confession et des confesseurs. Je ne parlerai que de ce que j’ai expérimenté et vécu dans mon âme. Trois choses empêchent l’âme de tirer profit de la confession dans ces moments exceptionnels.
Premièrement : le confesseur connaît peu les chemins extraordinaires et manifeste de l’étonnement lorsque l’âme lui dévoile les grands mystères que Dieu opère en elle. Cet étonnement suffit à effrayer une âme délicate, et si elle s’aperçoit que le confesseur hésite à donner son avis, elle n’est pas rassurée : au contraire, elle a encore plus de doutes qu’avant la confession, parce qu’elle sent que le confesseur s’efforce de la tranquilliser, mais que lui-même manque de certitude. Ou bien – et cela m’est arrivé – le confesseur ne peut pas percer certains mystères de l’âme, refuse de l’entendre en confession et montre de l’appréhension quand elle s’approche du confessionnal. Comment une âme dans un tel état, si sensible à chaque parole du prêtre, peut-elle trouver du réconfort au confessionnal ? À mon avis, quand Dieu visite l’âme de cette façon particulière, si le prêtre ne la comprend pas, il devrait lui indiquer un confesseur expérimenté et éclairé, ou bien chercher lui-même de la lumière pour donner à l’âme ce dont elle a besoin, et non refuser d’emblée de la confesser. En effet, en agissant ainsi, il l’expose à un grand danger, car plus d’une âme peut quitter le chemin que Dieu voulait la voir suivre. C’est une chose d’une extrême importance, j’en ai fait moi-même l’expérience, parce que j’ai commencé à chanceler malgré ces dons particuliers de Dieu, et, bien que Dieu lui-même m’ait rassurée, j’ai toujours voulu avoir le sceau de l’Église.
Deuxièmement : le confesseur ne permet pas à l’âme de s’exprimer en toute sincérité, il montre de l’impatience. Alors l’âme se tait, ne dit pas tout et ne tire pas profit de la confession ; elle en retirera encore moins si le confesseur commence à l’éprouver sans la connaître, car ainsi, au lieu de l’aider, il lui fait du tort. Elle sait que le confesseur ne la connaît pas, puisqu’il ne lui a pas permis de s’ouvrir entièrement, ni au sujet des grâces qu’elle a reçues, ni au sujet de sa misère. Aussi l’épreuve n’est-elle pas appropriée. Certaines de ces épreuves m’ont bien fait rire. J’exprimerai mieux cela en disant que le confesseur est le médecin de l’âme : un médecin peut-il prescrire le remède approprié s’il ne connaît pas la maladie ? Absolument pas. Soit ce remède n’aura pas l’effet escompté, soit il sera trop fort et aggravera encore la maladie, provoquant même parfois – ce qu’à Dieu ne plaise ! – la mort. Je parle d’expérience parce que, dans certains cas, c’est le Seigneur lui-même qui m’a retenue.
Troisièmement : il arrive parfois que le confesseur néglige les petites choses. Or, il n’y a rien de petit dans la vie spirituelle. Parfois un détail apparemment insignifiant révèlera une chose d’une grande importance et sera pour le confesseur un rayon lumineux qui lui permettra de connaître l’âme. Beaucoup de nuances spirituelles se cachent dans des choses infimes.
Nous ne bâtirons jamais un édifice magnifique si nous rejetons les petites briques. Dieu exige de l’âme une grande pureté, aussi lui donne-t-il une connaissance plus profonde de sa misère. Éclairée par la lumière d’en haut, elle discerne mieux ce qui plaît à Dieu et ce qui lui déplaît. Le péché dépend de la connaissance et de la lumière de l’âme, de même les imperfections. L’âme sait très bien que ce qui concerne en propre le sacrement de la confession, c’est le péché, mais ces choses infimes revêtent une importance extrême quand on tend à la sainteté, et le confesseur ne peut les négliger. La patience et la douceur du confesseur lui donnent accès aux secrets les plus profonds de l’âme. L’âme dévoile en quelque sorte à son insu son immense profondeur : elle se sent plus forte et plus résistante ; elle lutte plus vaillamment, elle fait plus d’efforts, car elle sait qu’elle devra en rendre compte.
Je dirai encore une chose concernant le confesseur : il doit parfois mettre l’âme à l’épreuve, la sonder, l’exercer pour reconnaître s’il a affaire à de la paille, du fer ou de l’or pur. Chacune de ces trois catégories d’âmes a besoin d’exercices différents. Il faut absolument que le confesseur se forme un jugement clair sur chacune d’elles pour savoir ce qu’elles peuvent supporter dans certains moments, dans certaines circonstances, dans certains cas. Pour ma part, plus tard, après de nombreuses épreuves, lorsque je savais que je n’étais pas comprise, je ne dévoilais plus mon âme pour ne pas troubler ma quiétude. Mais je ne l’ai fait qu’à partir du moment où toutes ces grâces ont été soumises au jugement d’un confesseur sage, instruit et expérimenté. Maintenant, je sais comment me conduire dans certains cas.
Je voudrais encore dire trois mots à l’âme qui désire résolument tendre à la sainteté et recueillir du fruit, c’est-à-dire tirer profit de la confession.
Premièrement : sincérité absolue et franchise totale. Le confesseur le plus saint et le plus avisé ne peut pas insuffler de force à l’âme ce qu’il désire pour elle, si elle n’est pas sincère et ouverte. L’âme qui n’est pas sincère et qui dissimule s’expose à de grands dangers dans sa vie spirituelle, et le Seigneur Jésus lui-même ne se donnera pas de manière plus profonde à cette âme, parce qu’il sait qu’elle ne retirera aucun profit de ces grâces particulières.
Deuxièmement : humilité. L’âme ne profite pas convenablement du sacrement de la Confession si elle n’est pas humble. L’orgueil maintient l’âme dans l’obscurité. Elle ne sait pas et ne veut pas pénétrer tout au fond de sa misère, elle se masque et évite tout ce qui pourrait la guérir.
Troisièmement : obéissance. Une âme désobéissante ne remportera aucune victoire, même si elle était confessée par le Seigneur Jésus lui-même. Le confesseur le plus expérimenté ne lui sera d’aucune aide. L’âme désobéissante s’expose à de grands dangers. Elle ne progressera pas sur la voie de la perfection et échouera dans la vie spirituelle. Dieu comble avec magnificence l’âme de ses grâces, mais seulement si elle est obéissante.
- Ah ! qu’elles sont belles, les hymnes que chante une âme qui souffre ! Elle ravit le ciel tout entier, surtout si elle est éprouvée par Dieu. Elle lui chante ses élégies nostalgiques. Sa beauté est grande, parce qu’elle lui vient de Dieu.
Elle traverse le désert de la vie, blessée par l’amour divin. Elle ne marche pas sur la terre, elle l’effleure d’un pied.