J.M.J. Vilnius, le 12 août 1935
Retraite de trois jours.
La veille de la retraite, le soir, pendant que j’écoutais quels étaient les points à méditer, j’ai entendu ces paroles : « Pendant cette retraite, je te parlerai par la bouche de ce prêtre, afin de t’affermir et de t’assurer de l’authenticité des paroles que je t’adresse au fond de ton âme. Bien que cette retraite soit pour toutes les sœurs, c’est toi que je prendrai particulièrement en considération pour te fortifier et te rendre intrépide face à toutes les épreuves qui t’attendent. Aussi écoute attentivement les paroles de ce prêtre et médite-les au fond de ton âme. »
Quel ne fut pas mon étonnement de constater que tout ce que le prêtre a dit à propos de l’union avec Dieu et des obstacles à cette union étroite, je l’ai déjà vécu et entendu de Jésus lui-même quand il s’adresse à moi au fond de mon âme. C’est en cette union étroite avec Dieu que consiste la perfection.
Au cours de la méditation de dix heures, le père La retraite de trois jours, du 12 au 16 août 1935, à Vilnius, a été prêchée par le père Emil Życzkowski s.j. (1899-1945), directeur du collège des jésuites à Vilnius, puis provincial de la Province de Pologne Septentrionale. a parlé de la miséricorde divine et de la bonté de Dieu à notre égard. Il a dit que lorsque nous parcourons l’histoire de l’humanité, nous voyons à chaque pas la grande bonté de Dieu. Tous les attributs de Dieu, comme sa toute-puissance, sa sagesse, tendent à nous révéler son attribut le plus grand, c’est-à-dire sa bonté. La bonté est l’attribut suprême de Dieu. Et pourtant, beaucoup d’âmes qui ont reçu la perfection ne connaissent pas l’immense bonté de Dieu. Tout ce que le père a dit pendant cette méditation à propos de la bonté divine est exactement ce que Jésus m’a dit à propos de la fête de la Miséricorde. Maintenant, j’ai vraiment bien compris ce que le Seigneur m’a promis, je n’ai plus le moindre doute : la parole de Dieu est claire et précise.
Pendant toute cette méditation, j’ai vu Jésus sur l’autel. Il était vêtu d’une tunique blanche et tenait dans la main mon cahier, celui dans lequel je suis en train d’écrire. Tout au long de la méditation, Jésus a feuilleté en silence les pages de mon cahier, mais mon cœur ne pouvait plus supporter le feu ardent qui avait embrasé mon âme. Malgré ma volonté de me dominer pour ne pas montrer à mon entourage ce qui se passait dans mon âme, j’ai perdu vers la fin de la méditation que je n’étais plus maître de moi. Jésus m’a alors dit : « Tu n’as pas tout écrit dans ce cahier au sujet de ma bonté envers les hommes. Je désire que tu n’omettes rien. Je désire que ton cœur s’affermisse dans une paix absolue. »
Ô mon Jésus ! Mon cœur cesse de battre lorsque je contemple tout ce que tu fais pour moi. Je t’admire, ô Seigneur, de t’abaisser ainsi jusqu’à mon âme misérable. Quels moyens extraordinaires tu emploies pour me persuader !
C’est la première fois de ma vie que je fais une retraite pareille : je comprends chaque parole du prêtre d’une manière particulière et claire, parce que j’ai déjà vécu cela dans mon âme. Je vois maintenant que Jésus ne laissera pas dans l’incertitude une âme qui l’aime sincèrement. Jésus désire que l’âme qui est étroitement unie à lui soit remplie de paix, malgré les souffrances et les épreuves.
Je comprends bien maintenant que ce qui unit le plus étroitement l’âme à Dieu, c’est le renoncement à soi-même, c’est-à-dire l’union de notre volonté à celle de Dieu. C’est cela qui donne à l’âme la vraie liberté, aide l’esprit à se recueillir profondément, rend légères toutes les peines de la vie, et douce, la mort.
Jésus m’a dit que, si j’avais une incertitude quelconque concernant la fête de la Miséricorde ou la fondation de la Congrégation ou, a-t-il poursuivi, « tout autre sujet dont je t’ai parlé au fond de ton âme, je te répondrai immédiatement par la bouche de ce prêtre. »
Pendant une méditation sur l’humilité, un ancien doute m’est revenu à l’esprit : une âme aussi misérable que la mienne ne pourra pas accomplir la mission que le Seigneur exige. Au moment même où j’examinais ce doute, le prêtre qui conduisait la retraite interrompt le fil de son enseignement et se met à parler justement de ce dont je doute, à savoir que, pour accomplir ses plus grandes œuvres, Dieu choisit le plus souvent comme instruments les âmes les plus faibles et les plus simples. Et c’est une vérité incontestable : il suffit de regarder ceux qu’il a choisis pour apôtres ou encore de voir dans l’histoire de l’Église les œuvres immenses accomplies par des âmes qui en étaient le moins capables. C’est ainsi que les œuvres de Dieu se révèlent comme véritablement divines. Quand mon doute eut complètement disparu, le prêtre a repris sa conférence sur l’humilité.
Comme d’habitude, Jésus se tenait sur l’autel durant chaque conférence. Il ne me disait rien, mais son regard bienveillant pénétrait ma pauvre âme qui n’avait plus aucune excuse.
Jésus, ma Vie, je sens bien que tu me transformes en toi au plus secret de mon âme, là où les sens ne peuvent guère. Ô mon Sauveur, cache-moi tout entière au fond de ton cœur et protège-moi par tes rayons de tout ce qui n’est pas toi. Je t’en prie, Jésus, que ces deux rayons qui ont jailli de ton cœur très miséricordieux ne cessent de fortifier mon âme.
Le moment de la confession.
Mon confesseur L'abbé Michal Sopoćko. m’a demandé si Jésus était là en ce moment et si je le voyais. J’ai répondu : « Oui, il est là et je le vois. » Mon confesseur m’a alors demandé de lui poser des questions sur certaines personnes. Jésus ne m’a rien répondu, mais l’a regardé. Cependant, après ma confession, alors que je disais ma pénitence, Jésus m’a dit : « Va, et console-le de ma part. » Je n’ai pas compris la signification de ces mots, mais je suis immédiatement allée lui répéter ce que Jésus venait de me dire.
Pendant toute la retraite, je n’ai cessé d’être en relation avec Jésus et je me suis attachée à lui de toute la force de mon cœur.
Jour du renouvellement des vœux. Au début de la sainte messe, j’ai vu Jésus comme d’habitude. Il nous a bénies, puis il est entré dans le tabernacle. Soudain, j’ai vu la Mère de Dieu : elle était vêtue d’une robe blanche et d’un manteau bleu. Elle était tête nue. Elle est venue de l’autel, s’est approchée de moi, m’a touchée de ses mains, m’a couverte de son manteau et m’a dit : « Offre tes vœux pour la Pologne. Prie pour elle le 15 août. »
Le soir du même jour, j’ai éprouvé dans mon âme une grande nostalgie de Dieu. En ce moment, je ne le vois pas avec mes yeux de chair, comme auparavant, mais je le sens, et je le conçois pas ; cela me cause une nostalgie et des tourments indicibles. Je meurs du désir de le posséder, afin de m’abîmer en lui pour l’éternité. Mon esprit tend vers lui de toutes ses forces et rien en ce monde ne pourrait me consoler. Ô Amour éternel, je comprends maintenant combien mon cœur a vécu en étroite intimité avec toi, car qu’est-ce qui pourrait me contenter au ciel ou sur la terre sinon toi, ô mon Dieu, en qui mon âme s’est abîmée ?
Lorsqu’un soir, dans ma cellule, j’ai regardé le ciel, j’ai vu un splendide firmament semé d’étoiles et la lune. Un amour inouï pour le Créateur a alors embrasé mon âme et, comme je ne pouvais plus supporter la nostalgie de Dieu qui grandissait en moi, je suis tombée face contre terre, m’humiliant dans la poussière. J’ai adoré Dieu pour toutes ses créatures et quand mon cœur a été incapable de supporter plus longtemps ce qui se passait et qui a éclaté en sanglots. Au même instant, mon Ange gardien m’a touchée et m’a dit : « Le Seigneur m’a ordonné de te dire de te relever. » Je l’ai fait immédiatement, mais mon âme n’a pas été consolée. Une nostalgie de Dieu encore plus forte encore s’est emparée de moi.
Un jour où j’étais à l’adoration et où mon esprit était comme transporté d’amour pour lui, je n’ai pas pu retenir mes larmes. J’ai alors vu un esprit d’une grande beauté. Il m’a dit : « Ne pleure pas – dit le Seigneur. » Au bout d’un moment je lui ai demandé : « Qui es-tu ? – Je suis l’un des sept esprits qui se tiennent jour et nuit devant le trône de Dieu et l’adorent sans cesse » – m’a-t-il répondu. Pourtant cet esprit n’a pas apaisé ma nostalgie de Dieu, mais l’a encore accrue. Cet esprit est d’une très grande beauté et sa beauté vient de son étroite union avec Dieu. Cet esprit ne me quitte pas un seul instant, il m’accompagne partout.
Le lendemain, pendant la sainte messe, avant l’élévation, cet esprit a commencé à chanter : « Saint, Saint, Saint ! » Sa voix retentissait comme des milliers de voix, c’est impossible à décrire. Soudain, mon esprit s’est uni à Dieu ; en un instant, j’ai vu la grandeur et la sainteté inconcevables de Dieu et, en même temps, j’ai eu la connaissance du néant que je suis par moi-même. J’ai eu la connaissance, plus clairement que jamais, des Trois Personne Divines : le Père, le Fils et le Saint-Esprit : leur essence est une, de même que leur égalité et leur majesté. Mon âme est en relation avec les Trois Personnes. Je ne puis l’exprimer par des mots, mais mon âme le comprend bien. Quiconque est uni à l’Une des ces Trois Personnes est par là-même uni à toute la Sainte Trinité parce que son unité est indivisible. Cette vision, c’est-à-dire cette connaissance, a inondé mon âme d’un bonheur inimaginable, parce que Dieu est si grand. Tout ce que je viens d’écrire, je ne l’ai pas vu de mes yeux, comme auparavant, mais d’une façon purement intérieure, spirituelle et indépendante de mes sens. Cela a duré jusqu’à la fin de la sainte messe.
Maintenant, cela m’arrive souvent, pas seulement dans la chapelle, mais aussi pendant mon travail et à des moments où je m’y attends le moins.
Lorsque mon confesseur L'abbé Michal Sopoćko. est parti, je me suis confessée à l’archevêque Mgr Romuald Jałbrzykowski. . Quand je lui ai découvert mon âme, j’ai reçu cette réponse : « Armez-vous d’une grande patience, ma fille. Si ces choses viennent de Dieu, elles se réaliseront tôt ou tard, soyez absolument tranquille, je vous comprends très bien, en ce qui concerne ces choses. Et maintenant, ma fille, pour ce qui est de quitter votre Congrégation et de vouloir en fonder une autre, n’y pensez même pas, parce que ce serait une grave tentation intérieure. » Après cette confession, j’ai dit à Jésus : « Pourquoi m’ordonnes-tu de faire toutes ces choses sans me donner la possibilité de les réaliser ? » Soudain, après la sainte Communion, j’ai vu Jésus dans la même petite chapelle dans laquelle je m’étais confessée. Le Seigneur avait la même apparence que sur le tableau et il m’a dit : « Ne sois pas triste. Je lui ferai comprendre ce que j’exige de toi. » Au moment où nous sortions de la chapelle, l’archevêque était très occupé, et il nous a fait revenir sur nos pas et attendre un instant. Quand nous sommes entrées dans la petite chapelle, j’ai entendu dans mon âme ces paroles : « Dis-lui ce que tu as vu dans cette chapelle. » Et à ce moment, l’archevêque est entré et m’a demandé si je n’avais pas quelque chose à lui dire, mais, bien que j’aie reçu l’ordre de lui parler, je ne l’ai pas fait, car j’étais en compagnie d’une sœur.
Encore un mot de la sainte confession : « Implorer la miséricorde pour le monde, c’est une très grande et très belle idée. Priez beaucoup pour obtenir une grande miséricorde pour les pécheurs, mais que ce soit dans votre propre couvent. »
Le lendemain, vendredi 13 septembre .
Le soir, dans ma cellule, j’ai vu un ange, l’exécuteur de la colère divine. Il portait un vêtement clair et son visage rayonnait. Il se tenait sur une nuée. De cette nuée jaillissaient la foudre et des éclairs qui venaient d’abord se placer dans ses mains et ensuite seulement en rejaillissaient et touchaient la terre. Lorsque j’ai vu ce signe de la colère de Dieu qui devait frapper la terre, et, en particulier, un lieu que, pour de bonnes raisons, je ne peux pas nommer, j’ai commencé à prier l’ange de retenir son bras quelques instants, parce que le monde allait faire pénitence. Cependant, ma prière était impuissante face à la colère de Dieu. Alors, j’ai vu la Sainte Trinité. La grandeur de sa majesté a pénétré au plus profond de mon être et je n’ai pas osé renouveler mes supplications ; en même temps j’ai ressenti la puissance de la grâce de Jésus qui demeure dans mon âme ; au moment même où j’ai pris conscience de cette grâce, j’ai été emportée devant le trône de Dieu. Ah ! que le Seigneur notre Dieu est grand et que sa sainteté est inconcevable ! Je ne tenterai pas de décrire sa grandeur, parce que nous le verrons bientôt tous tel qu’il est. J’ai commencé à implorer Dieu pour le monde en prononçant des paroles que j’entendais intérieurement.
Pendant que je priais ainsi, j’ai vu l’impuissance de l’ange : il ne pouvait pas infliger le juste châtiment que méritaient ces péchés. Jamais encore je n’avais prié avec tant de force intérieure. Voici les paroles par lesquelles je suppliais Dieu : « Père Éternel, je t’offre le corps et le sang, l’âme et la divinité de ton Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, en réparation de nos péchés et de ceux du monde entier ; par sa douloureuse Passion, sois miséricordieux pour nous. »
Le lendemain matin, quand je suis entrée dans notre chapelle, j’ai entendu intérieurement ces mots : « Chaque fois que tu entreras dans la chapelle, récite tout de suite la prière que je t’ai apprise hier. » J’ai dit prière et j’ai entendu dans mon âme ces paroles : « Cette prière sert à apaiser ma colère. Tu la réciteras pendant neuf jours sur un chapelet ordinaire de la manière suivante : tu diras d’abord un Notre Père, puis un Je vous salue, Marie et Je crois en Dieu. Ensuite, sur les grains du Notre Père, tu diras les paroles suivantes : « Père Éternel, je t’offre le corps et le sang, l’âme et la divinité de ton Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, en réparation de nos péchés et de ceux du monde entier. » Sur les grains du Je vous salue, Marie, tu diras les paroles suivantes : « Par sa douloureuse Passion, sois miséricordieux pour nous et pour le monde entier. »
À la fin du chapelet, tu diras trois fois ces paroles : Dieu Saint, Dieu Fort, Dieu Immortel, aie pitié de nous et du monde entier C'est le chapelet de la Miséricorde Divine. L'abbé Michal Sopoćko l'a fait imprimer à Cracovie au verso d'une petite image de Jésus Miséricordieux reproduisant une copie du tableau d'Eugeniusz Kazimirowski. . »
Dans le combat spirituel, le glaive, c’est le silence. Une âme bavarde ne parviendra jamais à la sainteté. Le glaive du silence tranchera tout ce qui voudrait s’accrocher à l’âme. Nous sommes tous sensibles à ce qui est dit ; et, comme nous y sommes sensibles, nous voulons y répondre immédiatement, sans nous demander si cela correspond à la volonté de Dieu. L’âme silencieuse est forte. Aucune difficulté, aucun obstacle ne lui sera dommageable si elle persévère dans le silence. L’âme silencieuse est capable de s’unir profondément à Dieu, elle vit presque toujours sous l’inspiration du Saint-Esprit. Dans l’âme silencieuse, Dieu agit sans obstacle.
Ô mon Jésus, tu le sais, toi seul sais que mon cœur ne connaît pas d’autre amour que toi. Tout mon amour virginal a sombré en toi, ô Jésus, pour l’éternité. Je sens distinctement ton sang divin circuler dans mon cœur ; il ne fait aucun doute qu’avec ton sang très saint, c’est ton très pur amour qui est entré dans mon cœur. Je sens que tu demeures en moi avec le Père et le Saint-Esprit, ou plutôt, je sens que c’est moi qui demeure en toi, ô Dieu inconcevable. Je sens que je me fonds en toi comme une goutte d’eau dans l’océan. Je sens que tu es à l’extérieur et dans mes entrailles, je sens que tu es dans tout ce qui m’entoure, dans tout ce qui m’arrive. Ô mon Dieu, je t’ai connu à l’intérieur de mon cœur et je t’ai aimé au-delà de tout ce qui existe sur la terre et au ciel. Nos cœurs se comprennent, et aucun être humain ne pourra le concevoir.
Ma seconde confession à l’archevêque Mgr Romuald Jałbrzykowski. . « Sachez, ma fille, que, si c’est la volonté de Dieu, cela se réalisera tôt ou tard, car la volonté de Dieu doit obligatoirement être accomplie. Aimez Dieu dans votre cœur, ayez… » [la phrase est interrompue].