Le 5 août 1935. Fête de Notre-Dame de la Miséricorde.
Je me suis préparée à cette fête avec plus de ferveur que les années passées. Le matin, j’ai vécu un combat intérieur à la pensée de devoir quitter la Congrégation qui jouit de la protection particulière de Marie. Ce combat a duré pendant la méditation et la première sainte messe. Durant la seconde sainte messe, j’ai prié la Mère Très Sainte en lui disant : « Il m’est difficile de me séparer de cette Congrégation qui est sous ta protection particulière, ô Marie. » Alors, j’ai vu la sainte Vierge, rayonnante d’une ineffable beauté. Elle est venue de l’autel vers mon prie-Dieu, elle s’est approchée de moi, m’a serrée contre elle et m’a dit : « Je suis votre Mère par la miséricorde insondable de Dieu. L’âme qui m’est la plus agréable est celle qui accomplit fidèlement la volonté de Dieu. » Elle m’a fait comprendre que j’avais accompli fidèlement tous les souhaits de Dieu et qu’ainsi, j’avais trouvé grâce à ses yeux. Elle a ajouté : « Sois courageuse, ne crains pas les obstacles illusoires, mais garde les yeux fixés sur la Passion de mon Fils, et ainsi, tu remporteras la victoire. »
Adoration nocturne.
Je me sentais très souffrante et il me semblait que je ne pourrais pas aller à l’adoration. Mais j’ai fait un grand effort de volonté et, bien que je sois tombée dans ma cellule, je n’ai prêté aucune attention à ma souffrance, parce que j’avais devant les yeux la Passion de Jésus. Lorsque je suis arrivée dans la chapelle, j’ai compris intérieurement quelle grande récompense Dieu nous prépare, non seulement pour les bonnes actions que nous avons accomplies, mais aussi pour notre sincère désir de les accomplir. Quelle grande grâce de Dieu !
Ah ! qu’il est doux de se donner de la peine pour Dieu et pour les âmes ! Je ne veux pas de repos dans le combat ; je lutterai jusqu’à mon dernier souffle pour la gloire de mon Roi et de mon Seigneur. Je ne déposerai pas mon glaive tant qu’il ne m’aura pas appelée devant son trône. Je n’ai pas peur des coups, parce que Dieu est mon bouclier. C’est l’ennemi qui devrait avoir peur de nous, et non nous de lui. Satan ne remporte de victoire que sur les orgueilleux et les lâches, car les humbles sont forts. Rien ne peut profondément ou effrayer une âme humble. J’ai dirigé mon vol tout droit vers l’ardeur du soleil et rien ne pourra me faire descendre. L’amour ne se laisse pas emprisonner, il est libre comme un roi ; l’amour parvient jusqu’à Dieu.
Un jour, après la sainte Communion, j’ai entendu ces paroles : « Tu es pour nous une demeure. » Au même instant, j’ai ressenti dans mon âme la présence de la Sainte Trinité : du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Je me suis sentie le temple de Dieu. Je sens que je suis l’enfant du Père. Je ne sais pas expliquer tout cela, mais mon esprit le comprend bien. Ô bonté infinie, comme tu t’abaisses vers ta misérable créature !
Si les âmes voulaient se recueillir, Dieu leur parlerait tout de suite, car c’est la dispersion qui étouffe la voix de Dieu.
À un moment, le Seigneur m’a dit : « Pourquoi as-tu peur et pourquoi trembles-tu, puisque tu es unie à moi ? L’âme qui se laisse aller à de vaines craintes ne me plaît pas. Qui oserait te toucher lorsque tu es avec moi ? L’âme qui m’est la plus agréable est celle qui croit à ma bonté et qui a mis en moi toute sa confiance. Je lui donne ma confiance et je lui accorde tout ce qu’elle demande. »
À un moment, le Seigneur m’a dit : « Ma fille, prends les grâces que les hommes dédaignent, prends-en autant que tu peux en porter. » À cet instant, mon âme a été inondée par l’amour de Dieu. Je sens que je suis unie au Seigneur si étroitement que je ne peux pas trouver le terme approprié pour exprimer cette union : je sens que tout ce que Dieu possède, tous ses biens et tous ses trésors m’appartiennent à moi aussi, mais je ne m’en préoccupe guère, parce que Dieu seul me suffit. En lui, je vois tout, sans lui, je ne vois rien.
Je ne cherche pas le bonheur en dehors de mon être intérieur où demeure Dieu. Je jouis de Dieu à l’intérieur de moi-même. Là, je demeure toujours avec lui, là est ma plus grande intimité avec lui, là je demeure en sécurité avec lui, à l’abri des regards humains. La Sainte Vierge m’encourage à me comporter ainsi avec Dieu.
Lorsqu’une souffrance survient, elle ne me cause plus d’amertume et les grandes consolations ne me transportent plus non plus. Je suis remplie de la sérénité et de l’égalité d’esprit qui viennent de la connaissance de la vérité. Que m’importe de vivre au milieu de cœurs mal disposés, du moment que j’ai dans mon âme la plénitude du bonheur ? Ou encore, à quoi me servirait la bienveillance d’autrui, si Dieu ne demeurait pas dans mon cœur ? Et si Dieu demeure dans mon cœur, qui donc pourrait me nuire ?