Sœur Faustine a médité sur le mystère de la Miséricorde Divine non seulement à partir de l’Écriture sainte, mais aussi en lisant dans le livre de sa propre vie. Sa réflexion sur le mystère de la Miséricorde Divine l’a amenée à la conclusion qu’à aucun moment, la Miséricorde de Dieu n’est absente de la vie humaine, qu’elle y est au contraire constamment présente, tel un fil d’or tressé à tous les instants de notre existence.

La connaissance de ce mystère de notre foi a conduit sœur Faustine à découvrir Dieu dans sa propre âme. « L’intérieur de mon âme est comme un monde grand et merveilleux où Dieu habite avec moi. Hormis Dieu, personne n’y a accès » – écrit-elle dans son Petit Journal (PJ 582). Elle compare son âme à un tabernacle dans lequel est conservée l’Hostie vivante : « Je ne cherche pas le bonheur en dehors de mon être intérieur où demeure Dieu. Je jouis de Dieu à l’intérieur de moi-même. Là, je demeure toujours avec lui, là est ma plus grande intimité avec lui, là je demeure en sécurité avec lui, à l’abri des regards humains. La Sainte Vierge m’encourage à me comporter ainsi avec Dieu » (PJ 454).

La contemplation de Dieu qui vivait dans son âme se fondait sur une pratique constante, quotidienne, qui consistait à s’unir à Jésus par une courte prière ou à lui offrir ce qu’elle vivait à ce moment-là : son travail, ses souffrances, ses joies.

Sa découverte progressive du mystère de la Miséricorde Divine développa dans son âme la confiance en Dieu, ainsi que le désir de refléter cet attribut de Dieu dans son cœur et dans ses actes, en témoignant de la miséricorde à son prochain. Le Seigneur Jésus, qui dirigeait lui-même sa vie intérieure, exigeait qu’elle ait cette attitude envers Dieu et envers autrui. « Ma fille, – lui dit-il – si, par ton intermédiaire, j’exige que les hommes vénèrent ma miséricorde, alors tu dois te distinguer la première par cette confiance en ma miséricorde. J’exige de toi des actes de miséricorde qui doivent découler de ton amour pour moi. Tu dois témoigner de la miséricorde à ton prochain, toujours et partout. Tu ne peux pas te dérober, ni te récuser, ni te justifier » (PJ 742).

Pour sainte Faustine, la confiance n’est ni un sentiment pieux, ni l’acceptation intellectuelle des vérités de la foi, mais une attitude de l’homme envers Dieu, qui consiste à accomplir pendant toute sa vie la volonté divine présente dans les commandements, les devoirs de son état ou encore dans les inspirations du Saint-Esprit. Quiconque apprend à connaître le mystère de la Miséricorde Divine sait bien que la volonté de Dieu a pour objet uniquement le bien de l’homme dans la perspective de l’éternité. C’est pourquoi il la reçoit comme un don, et l’accomplit avec confiance. « Une seule parole requiert toute mon attention, – écrit sœur Faustine dans son Petit Journal – c’est d’elle seule que je tiens compte, elle seule est tout pour moi, je vis d’elle et je mourrai avec elle : c’est la sainte volonté de Dieu. Elle est ma nourriture quotidienne, toute mon âme est à l’écoute des désirs de Dieu. J’accomplis toujours les exigences de Dieu, bien que parfois ma nature tremble et que je sente que leur ampleur est au-dessus de mes forces » (PJ 652).

Dans la spiritualité de sainte Faustine, c’est la confiance qui définit son rapport envers Dieu, tandis que la miséricorde caractérise son attitude envers autrui. La miséricorde de l’homme a pour source, pour modèle et pour fondement la Miséricorde Divine : c’est pourquoi elle est fondamentalement différente de la bienfaisance naturelle ou de la philanthropie, dont les motivations peuvent être diverses.

Sœur Faustine percevait parfaitement la beauté et la grandeur de la miséricorde chrétienne, qui est la participation à celle de Dieu lui-même, et c’est pourquoi elle désirait se distinguer par cette miséricorde. « Ô mon Jésus ! – écrit-elle – chacun de tes saints reflète l’une de tes vertus ; moi, je désire refléter ton cœur compatissant et plein de miséricorde, je veux le glorifier. Que ta miséricorde, ô Jésus, soit imprimée dans mon cœur et dans mon âme comme un sceau, et ce sera mon emblème dans cette vie et dans l’éternité » (PJ 1242).

En témoignant sa miséricorde, elle a suivi Jésus jusqu’à la croix sur laquelle elle a offert sa vie en sacrifice pour les pécheurs, en particulier pour les âmes menacées de perdre le salut.

Les éléments caractéristiques de la spiritualité de sainte Faustine sont aussi : – son amour pour l’Église, la meilleure des Mères et le Corps mystique du Christ ; – son charisme consistant à faire connaître aux autres et particulièrement aux âmes égarées, le mystère de la Miséricorde Divine à travers ses actions, ses paroles et ses prières ; – son amour de l’Eucharistie ; – sa sincère dévotion à Notre-Dame de la Miséricorde.

À l’école de la spiritualité de sainte Faustine, on peut donc découvrir le mystère de la Miséricorde Divine, apprendre à contempler Dieu dans la vie quotidienne, développer en soi la confiance en Dieu et la miséricorde envers autrui, vivre la rencontre avec Jésus dans l’Eucharistie et avec la Sainte Mère de Dieu. Cette spiritualité est profondément évangélique et, en même temps, toute simple ; elle peut être pratiquée dans tous les états de vie et dans tous les milieux. C’est pourquoi elle attire aujourd’hui tant de monde.

3. La mission de sainte Faustine

Le Seigneur Jésus a choisi sœur Faustine comme secrétaire et apôtre de sa Miséricorde, afin de transmettre au monde un grand message. « Dans l’Ancien Testament, j’ai envoyé à mon peuple des prophètes et, avec eux, la foudre. Aujourd’hui, je t’envoie vers l’humanité tout entière avec ma miséricorde. Je ne veux pas punir l’humanité endolorie, mais je désire la guérir en l’étreignant sur mon cœur miséricordieux » – lui dit-il (PJ 1588).

La mission de sœur Faustine consiste en trois points : – faire découvrir et proclamer au monde la vérité révélée dans les Saintes Écritures sur l’amour miséricordieux de Dieu pour chacun des hommes. – implorer la miséricorde divine pour le monde entier, notamment à l’aide des nouvelles formes du culte de la Miséricorde Divine que lui a indiquées le Seigneur Jésus. Il s’agit du tableau du Christ miséricordieux avec l’inscription : « Jésus, j’ai confiance en toi », de la fête de la Miséricorde Divine le premier dimanche après Pâques, du chapelet de la Miséricorde Divine et de la prière à l’Heure de la Miséricorde (15 heures). – inspirer le mouvement apostolique de la Miséricorde Divine qui se charge de proclamer et d’implorer la Miséricorde de Dieu pour le monde et s’efforce de parvenir à la perfection en suivant la voie indiquée par sainte Faustine. Cette voie consiste à avoir en Dieu une confiance d’enfant, à accomplir sa volonté et à observer envers autrui une attitude pleine de miséricorde.

Le Petit Journal que, à la demande pressante de Jésus, sœur Faustine a écrit pendant les quatre dernières années de sa vie, est une sorte de journal intime dans lequel l’auteur a noté principalement les rencontres de son âme avec Dieu, au jour le jour ou rétrospectivement. Pour dégager de ces écrits ce qui fait véritablement partie de la mission de sainte Faustine, il a fallu en faire une analyse scientifique. C’est le professeur Ignacy Różycki, prêtre et théologien, qui a procédé à cette analyse. On trouvera un résumé de ce travail dans son compterendu intitulé : Miłosierdzie Boże. Zasadnicze rysy nabożeństwa do Miłosierdzia Bożego (La Miséricorde Divine. Principaux traits de la dévotion à la Miséricorde Divine), et la totalité du texte dans son livre : Nabożeństwo do Miłosierdzia Bożego (La dévotion à la Miséricorde Divine). À la lumière de ces travaux, toutes les publications antérieures sur le culte de la Miséricorde Divine, tel que nous l’a transmis sœur Faustine, sont incomplètes ou insistent parfois sur des questions de moindre importance. Ainsi, par exemple, elles mettent au premier plan les litanies de la Miséricorde Divine ou la neuvaine, mais omettent l’Heure de la Miséricorde. L’abbé Ignacy Różycki le souligne aussi, quand il écrit : « Avant de prendre connaissance des formes concrètes du culte de la Miséricorde Divine, il faut remarquer que les neuvaines et les litanies communément connues et aimées en sont absentes. »

Ce qui distingue les nouvelles formes du culte de la Miséricorde Divine des autres prières ou pratiques religieuses, ce sont les promesses précises de Jésus à tous ceux qui les pratiquent avec confiance en la bonté de Dieu et témoignent de la miséricorde à autrui. L’abbé Różycki cite cinq formes de dévotion à la Miséricorde Divine.

a. Le tableau de Jésus Miséricordieux

Son modèle a été révélé dans la vision que sœur Faustine a eue le 22 février 1931 dans sa cellule au couvent de Płock. « Ce soir, alors que j’étais dans ma cellule – écrit-elle dans son Petit Journal – j’ai vu le Seigneur Jésus revêtu d’une tunique blanche. Il avait une main levée pour bénir et, de l’autre, il écartait son vêtement sur sa poitrine. De sa tunique entrouverte jaillissaient deux grands rayons, l’un rouge, et l’autre translucide. […] Au bout d’un instant, Jésus m’a dit : « Peins un tableau selon le modèle que tu vois, avec l’inscription : « Jésus, j’ai confiance en toi » (PJ 47). Je désire que ce tableau […] soit solennellement béni le premier dimanche après Pâques : ce dimanche doit être la fête de la Miséricorde » (PJ 49). »

Le sujet du tableau est étroitement lié à la liturgie de ce dimanche. En ce jour, l’Église lit le passage de l’Évangile selon saint Jean, où le Christ ressuscité apparaît dans le Cénacle et instaure le sacrement de la réconciliation (Jn 20,19-29). Ainsi, le tableau représente le Sauveur ressuscité qui donne la paix aux hommes par le pardon de leurs péchés, pour le prix de sa Passion et de sa mort sur la croix. Les rayons de sang et d’eau qui jaillissent de son cœur transpercé, invisible sur le tableau, et les cicatrices des plaies de la crucifixion, rappellent les événements du Vendredi Saint (Jn 19, 17-18, 33-37). Le tableau de Jésus Miséricordieux relie donc ces deux événements de l’Évangile qui expriment de la manière la plus parfaite l’amour de Dieu pour l’homme.