Avant-propos
« Le Petit Journal » de sœur Faustine Kowalska est une perle de la littérature mystique. Traduit en plusieurs langues, il suscite un vif intérêt chez les fidèles et les théologiens. Les paroles qui y sont écrites, a dit le Pape Jean-Paul II, « sont comme un Évangile particulier de la Miséricorde Divine, écrit dans la perspective du vingtième siècle. »
Sainte Faustine a écrit ce journal dans les années 1934-1938 sur la recommandation du Seigneur Jésus et aussi à la demande de ses confesseurs : l’abbé Michał Sopoćko et le père Józef Andrasz s.j. Elle y décrit sa vie spirituelle d’une extraordinaire richesse, sa connaissance profonde du mystère de la Miséricorde Divine et sa grande mission prophétique qui consiste à rappeler au monde l’amour miséricordieux de Dieu pour tous les hommes et à vénérer la Miséricorde Divine par de nouvelles formes de culte. Ces formes sont les suivantes : le tableau du Christ Miséricordieux, avec les deux rayons caractéristiques et l’inscription : « Jésus, j’ai confiance en toi », la fête de la Miséricorde le premier dimanche après Pâques, le chapelet de la Miséricorde Divine et l’Heure de la Miséricorde, prière récitée à l’heure où Jésus est mort sur la croix. Jésus a attaché de grandes promesses à chacune de ces pratiques ainsi qu’à la propagation du culte de la Miséricorde, à condition que l’on ait confiance en Dieu, c’est-à-dire que l’on accomplisse la volonté de Dieu, et que l’on soit miséricordieux envers autrui. Dans son Petit Journal, sœur Faustine accorde beaucoup de place à la « nouvelle Congrégation » qu’elle devait fonder suivant la volonté de Jésus, afin de poursuivre sa mission de proclamer au monde le message de la Miséricorde (Mouvement apostolique de la Miséricorde Divine).
Le Petit Journal contient six cahiers d’épaisseurs différentes et un petit livret intitulé : Ma préparation à la sainte Communion. La première édition des écrits spirituels de sainte Faustine, parue en 1981, est accessible sur internet. Pour faciliter la lecture du texte, on a supprimé certaines abréviations et les crochets indiquant que des mots manquent dans le manuscrit. On a gardé les crochets là où des mots ont été ajoutés pour améliorer la compréhension du texte, ou bien là où une abréviation peut avoir plusieurs sens. On a corrigé les fautes de grammaire présentes à certains endroits du texte. Parfois, on a changé la ponctuation : par exemple, on a remplacé des virgules par des points, comme c’est le cas dans la première édition, coupant des phrases trop longues afin d’en faciliter leur compréhension.
Introduction
1. Sœur M. Faustine Kowalska
Connue aujourd’hui dans le monde entier comme l’apôtre de la Miséricorde Divine, sainte Faustine est considérée par les théologiens comme l’une des plus grandes mystiques de l’Église. Elle est née dans le village de Głogowiec, en Pologne, troisième des dix enfants d’une famille de paysans pauvres et pieux. Lors de son baptême à l’église paroissiale de Świnice Warckie, elle reçut pour prénom Hélène. Dès l’enfance, elle s’est distinguée par sa piété, son goût pour la prière, son ardeur au travail, son obéissance, ainsi que par une grande sensibilité à la misère humaine. Elle a fréquenté l’école pendant moins de trois ans et, à l’âge de seize ans, elle a quitté la maison familiale pour travailler comme domestique, d’abord à Aleksandrów, puis à Łódź, afin d’assurer sa propre subsistance et aider ses parents.
Elle a ressenti l’appel de Dieu dans son âme dès l’âge de sept ans, mais ses parents ne voulaient pas qu’elle entre au couvent. Aussi Hélène s’est-elle efforcée d’étouffer en elle sa vocation. Cependant, bouleversée par une vision du Christ souffrant et par ses paroles : « Jusqu’à quand vais-je te supporter et jusqu’à quand vas-tu me faire attendre ? » (PJ 9), elle entreprit des démarches pour entrer dans un couvent. Elle frappa à la porte de nombreuses communautés, mais on ne l’accueillit nulle part. Le 1er août 1925, elle franchit le seuil du couvent de la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame de la Miséricorde, rue Żytnia, à Varsovie. Elle écrit dans son Petit Journal : « Il me semblait que j’étais entrée au paradis. Mon cœur débordant de reconnaissance n’était qu’action de grâces » (PJ 17).
Au bout de quelques semaines cependant, elle subit la forte tentation de partir dans une autre congrégation qui consacrerait plus de temps à la prière. Alors, le Seigneur Jésus, montrant son visage supplicié et couvert de plaies, lui dit : « C’est toi qui me causeras cette douleur si tu quittes ce couvent. C’est ici, et non ailleurs, que je t’ai appelée et que je t’ai préparé beaucoup de grâces » (PJ 19).
Elle reçut dans cette Congrégation le nom de sœur Marie Faustine. Elle effectua son noviciat à Cracovie et y prononça ses premiers vœux en présence de l’évêque, Mgr S. Rospond, puis, cinq ans plus tard, ses vœux perpétuels – de chasteté, de pauvreté et d’obéissance. Elle travailla dans plusieurs maisons de la Congrégation, surtout à Cracovie, Płock et Vilnius, comme cuisinière, jardinière, puis tourière.
À l’extérieur, rien ne laissait apparaître l’extraordinaire richesse de sa vie mystique. Elle accomplissait ses tâches avec zèle, observait fidèlement toutes les règles de son ordre, était silencieuse, recueillie, et, en même temps, naturelle, sereine, pleine d’un amour bienveillant et désintéressé pour autrui. Toute sa vie a été centrée sur la recherche persévérante d’une union de plus en plus profonde avec Dieu et sur le sacrifice de soi, afin d’œuvrer avec Jésus pour le salut des âmes.
« Mon Jésus, tu sais que, depuis ma prime enfance, j’ai désiré être une grande sainte, c’est-à-dire t’aimer comme personne ne t’a jamais aimé » déclare-t-elle dans son Petit Journal (PJ 1372).
Son Petit Journal dévoile la profondeur de sa vie spirituelle. Une lecture attentive de ses écrits montre le degré élevé d’union de son âme à Dieu, les grands dons que Dieu a accordés à son âme, et aussi ses efforts et ses luttes sur la voie de la perfection chrétienne. Le Seigneur lui a donné des grâces extraordinaires : le don de contemplation, de la connaissance profonde du mystère de la Miséricorde Divine, des visions, des révélations, des stigmates invisibles, le don de prophétie, la connaissance des autres âmes, ainsi que le don très rare des noces mystiques. Si magnifiquement comblée, elle écrit cependant : « Ce ne sont ni les grâces, ni les apparitions, ni les ravissements, ni aucun des dons que Dieu a accordés à mon âme qui la rendent parfaite, mais son union intérieure à Dieu. […] Ma sainteté et ma perfection consistent dans une union étroite de ma volonté à celle de Dieu » ( PJ 1107).
Le mode de vie austère et les jeûnes épuisants qu’elle s’était imposés avant même son entrée dans la Congrégation avaient tellement affaibli son organisme que, pendant son postulat, elle dut être envoyée à Skolimów, près de Varsovie, pour y recouvrer la santé. Après sa première année de noviciat vinrent des épreuves mystiques extrêmement douloureuses, appelées „nuit obscure”, puis des souffrances spirituelles et morales liées à la réalisation de la mission que lui avait confiée le Seigneur Jésus. Sœur Faustine avait offert sa vie en sacrifice pour les pécheurs et, pour cette raison, elle dut également subir diverses épreuves afin de sauver leurs âmes. Pendant les dernières années de sa vie, ses souffrances spirituelles appelées „nuit passive de l’esprit” et ses problèmes de santé s’aggravèrent : la tuberculose se développa, envahissant ses poumons et son appareil digestif. C’est pourquoi elle dut faire à deux reprises des séjours de plusieurs mois à l’hôpital de Prądnik à Cracovie.
Complètement anéantie physiquement, mais en pleine maturité spirituelle, unie à Dieu mystiquement, elle mourut en odeur de sainteté le 5 octobre 1938, alors qu’elle avait à peine 33 ans, dont 13 ans de vie religieuse. Son corps fut déposé dans une tombe au cimetière du couvent, à Cracovie-Łagiewniki, puis transféré dans la chapelle en 1966, au moment du procès informatif en vue de la béatification de sœur Faustine.
Le Seigneur Jésus a confié à cette religieuse simple, sans instruction, mais pleine de courage et d’une confiance en Dieu sans limite, une grande mission : transmettre au monde entier le message de sa Miséricorde. Il lui dit : « Je t’envoie vers l’humanité tout entière avec ma miséricorde. Je ne veux pas punir l’humanité endolorie, mais je désire la guérir en l’étreignant sur mon cœur miséricordieux » (PJ 1588) ; « Tu es la secrétaire de ma miséricorde. Je t’ai choisie pour cette fonction, dans cette vie et dans l’autre (PJ 1605), afin de faire connaître aux âmes l’immense miséricorde que j’ai pour elles et les inciter à avoir confiance en l’abîme de ma miséricorde » (PJ 1567).
2. Un exemple de perfection chrétienne
La spiritualité de sainte Faustine a pour fondement le plus beau mystère de notre foi : l’amour miséricordieux de Dieu pour chacun des hommes. Sœur Faustine, conformément aux règles des Constitutions religieuses, a souvent médité sur ce que Dieu a fait pour l’homme en le créant, combien le Fils de Dieu a souffert pour notre rédemption, quels grands trésors Dieu nous a laissés dans la sainte Église et ce qu’il nous a préparé dans la gloire. On trouve l’écho de ces réflexions dans des passages de son Petit Journal, où elle évoque la bonté de Dieu dans la création du monde (PJ 1749), des anges (PJ 1741-1742) et des hommes (PJ 1743-1744) ; dans le mystère de l’Incarnation et de la Nativité du Fils de Dieu (PJ 1745-1746), ainsi que dans l’œuvre de la Rédemption (PJ 1747-1748).