CHAPITRE XI

Marie et Joseph s’établissent dans la grotte de la Crèche.

Le jour baissait déjà lorsque Joseph et Marie arrivèrent dans la grotte. L’Anesse, qui les avait quittés depuis qu’ils étaient entrés dans la maison paternelle de Joseph, revint au-devant d’eux, exprimant sa joie en bondissant. Alors Marie dit à Joseph : « Voyez : c’est certainement la volonté de Dieu que nous descendions ici. » Joseph se hâta de préparer en dehors un siège pour la sainte Vierge, afin qu’elle pût se reposer pendant qu’il pénétrerait dans la grotte et la déblaierait ; il vint à bout de préparer en sa partie orientale un espace assez commode. Après y avoir allumé une lampe, il y introduisit Marie, qui s’assit sur la couche qu’il avait soigneusement disposée au moyen de couvertures. Joseph lui témoigna encore son profond regret de n’avoir qu’un pauvre gîte à lui offrir : mais Marie, au fond de son âme, était satisfaite et joyeuse.

Après avoir amené l’âne et l’avoir attaché assez loin d’eux pour qu’il ne causât aucune gêne, Joseph étendit, devant les ouvertures de la voûte, des couvertures qui les garantirent de l’air extérieur ; puis il s’arrangea une couche près de la porte de la grotte.

Dès que le sabbat eut commencé, il récita, avec la sainte Vierge, les prières ordonnées par la loi ; et, après avoir fait une légère collation, il s’en alla à la ville. Marie s’agenouilla, fit sa prière du soir et se coucha sur le côté, la tête soutenue par un de ses bras qui reposait sur le chevet. La nuit était déjà avancée quand Joseph rentra ; il se mit aussitôt en prières, puis il alla prendre du repos sur le lit qu’il s’était fait.

Dans l’après-midi du sabbat, les Juifs ont coutume de se promener ; Joseph conduisit la sainte Vierge à la grotte de Mahara. Ils restèrent en prière et en méditation jusqu’à la clôture du sabbat, d’abord dans cette grotte, plus grande que celle de la crèche, puis sous l’arbre sacré.

Marie avait prévenu Joseph que la naissance de l’enfant aurait lieu à minuit, heure à laquelle se terminaient les neuf mois écoulés, depuis que l’ange du Seigneur l’avait saluée. Elle l’avait prié de ne rien épargner pour recevoir et honorer dignement, à son entrée dans le monde, l’enfant promis par le Seigneur, et surnaturellement conçu. Elle voulait aussi qu’il priât avec elle pour tous ceux qui avaient si durement refusé de la recevoir. Joseph, à son tour, proposa à la sainte Vierge d’appeler de Bethléem, pour l’assister, deux pieuses femmes qu’il connaissait ; mais elle répondit qu’elle n’avait besoin du secours de personne. Avec des perches et des nattes il fit pour Marie une tente séparée du reste de la grotte et de la place qu’il s’était réservée, puis il remplit la crèche d’herbes et de mousse, et y posa une couverture ; alors la très sainte Vierge lui annonça que le moment de sa délivrance était très proche, et lui demanda d’aller prier. Joseph, avant de s’éloigner, suspendit plusieurs lampes à la voûte de la grotte : un bruit inaccoutumé s’étant fait entendre du dehors, il sortit pour en connaître la cause. Il trouva là la jeune ânesse qui, abandonnée à elle-même, avait couru jusqu’alors dans la vallée des bergers ; elle bondissait toute joyeuse autour de lui. Il l’attacha et lui donna du fourrage.

En rentrant dans la grotte, Joseph jeta les yeux sur la sainte Vierge ; il la vit qui priait, agenouillée sur sa couche ; elle lui tournait le dos, et avait le regard fixé sur l’orient. Elle était tout entourée d’une lumière surnaturelle qui remplissait la grotte entière. Il regarda ces flammes, comme autrefois Moïse le buisson ardent ; puis, saisi d’une sainte frayeur, il se retira dans son réduit et s’y prosterna la face contre terre.